La science aime l'anguille nature

Guillaume Frouin

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Il pourrait se faufiler par exemple dans les tuyauteries de la raffinerie de Donges, pour les inspecter. Un « robot-anguille », unique en son genre, est actuellement en cours de réalisation dans les laboratoires de l'Ecole des mines de Nantes (EMN). Long de deux mètres et large de 15 cm de diamètre, il peut aussi plonger en eaux profondes, pour faire de « la surveillance militaire ou de la maintenance de plate-formes off-shores », explique l'école d'ingénieurs.

Poisson « doté d'une grande intelligence », l'anguille inspire en effet les chercheurs. « Elle peut se déplacer dans des milieux encombrés, comme des marais ou des lagunes », souligne Frédéric Boyer, professeur en robotique à l'EMN et chercheur dans les labos de l'Irccyn (Institut de recherche en communication et cybernétique de Nantes). « Et, faute d'eau, l'anguille peut se déplacer à terre, à la manière d'un serpent », poursuit-il.

Le robot va ainsi pouvoir se déplacer dans des canalisations encombrées de boues, sans avoir à les vidanger au préalable. Articulé, il peut se déplacer dans des coudes anguleux, ce que ne peut pas faire par exemple une torpille. Le robot sera pour cela recouvert de matériaux composites, qui vont imiter la « peau parfaite » de l'anguille. « Elle résiste à la pression de la profondeur des océans et est parfaitement déformable, deux propriétés qui sont a priori inconciliables », s'enthousiasme Frédéric Boyer. « C'est en ressentant la pression sur sa peau que l'animal perçoit les obstacles. » Décidément, la nature est bien le meilleur des ingénieurs. W