Face à un trafic qui s'effondre, le port de Nantes Saint-Nazaire veut faire sa mutation verte

ECONOMIE Le trafic du Grand port maritime s'est écroulé en 2021. Son modèle, basé sur les échanges des énergies fossiles, est remis en cause

Frédéric Brenon
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Le port de Nantes Saint-Nazaire est le quatrième port français.
Le port de Nantes Saint-Nazaire est le quatrième port français. — F.Perry/AFP
  • Le trafic du port de Nantes-Saint-Nazaire est passé en trois ans de 30 millions de tonnes échangées à 19 millions.
  • Pour se défaire de sa dépendance aux importations de pétrole-gaz-charbon, le Grand port maritime veut miser fortement sur les énergies renouvelables, en particulier l'éolien en mer.

C’est le quatrième port le plus important de France derrière Le Havre-Rouen, Marseille et Dunkerque. Le premier de la façade atlantique. Pourtant, la situation est compliquée pour le  Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire. Son trafic, déjà en baisse depuis 2019, s’est effondré de 30 % en 2021. Faut-il s’alarmer pour ce maillon essentiel de l’économie régionale ? Le point.

Les raisons d’une chute

Avec seulement 19 millions de tonnes de marchandises échangées, le trafic portuaire de Nantes-Saint-Nazaire a connu un creux historique en 2021. « Ça nous renvoie à un trafic des années 1980 », déplore Olivier Trétout, directeur général du port. Outre la crise sanitaire, cette chute s’explique en grande partie par l’écroulement des importations de pétrole brut en raison de l’arrêt de la raffinerie Total de Donges. L’arrivée de gaz, fragilisée par des « tensions sur le marché international », a également nettement diminué. Le trafic agroalimentaire et celui des conteneurs sont aussi en baisse.

Quelles perspectives pour 2022 ?

Optimistes, les responsables du port considèrent que 2022 sera une « année de rebond » et pensent même pouvoir retrouver un trafic d’environ 30 millions de tonnes, comme en 2019. Cela serait possible par la remise en service, en mars, de la raffinerie de Donges, après un an et demi de pause. Les trafics aéronautique et roulier (voitures) pourraient aussi retrouver leur niveau d’avant crise. Les échanges de composants industriels liés à la construction du  premier parc éolien maritime, au large de Saint-Nazaire, vont également s’intensifier. La mise en service ce parc de 80 éoliennes est prévue pour la fin d’année.

Quelle stratégie à plus long terme ?

Conscient de sa trop grande dépendance depuis 50 ans au triptyque pétrole-gaz-charbon (70 % du trafic global), le port veut accélérer sa mutation vers la transition énergétique pour devenir « l’écoport national du Grand ouest ». « Les énergies fossiles vont diminuer. On a reçu une secousse en 2021. C’est la confirmation que notre modèle doit être revu », justifie Olivier Trétout. Outre la « montée en puissance » recherchée du vrac et des marchandises (voitures et conteneurs surtout), le port va donc accompagner fortement les projets industriels misant sur des énergies vertes : transformation de biogaz, installation de centrales photovoltaïques et production d’hydrogène.

Le port de Nantes Saint-Nazaire est le quatrième port français.
Le port de Nantes Saint-Nazaire est le quatrième port français. - F.Perry/AFP

L’éolien en mer, le gros espoir

Mais le principal espoir d’activité future concerne l’éolien, en particulier les éoliennes flottantes. « C’est sur l’arc atlantique que se trouve le principal gisement européen de vent. Or aucun des ports français n’est aujourd’hui équipé pour soutenir le rythme demandé par la mise en œuvre de ces projets », affirme Olivier Trétout. Le port nanto-nazairien a ainsi lancé une étude pour la construction à  Saint-Nazaire d’une base à quai permettant l’assemblage final des éoliennes. « Ce sera un ouvrage exceptionnel, d’environ 600 m de long, avec des moyens de levage très importants. Il y aura peu d’équivalents au monde », promet le directeur du port. La livraison est prévue pour 2026. L’investissement est colossal : près de 150 millions d’euros.

Bâtir des entrepôts et bureaux

L’autre axe de développement du Grand port maritime consiste en une meilleure occupation des terrains dont il est propriétaire, parmi lesquels subsistent de « nombreuses friches ». Quelque 200 hectares pourraient ainsi être optimisés à Montoir-de-Bretagne et à Cheviré. L’idée est de réaliser, sur des parcelles artificialisées mais inutilisées, des plateformes logistiques et entrepôts proposés « clé en main » à la location aux entreprises intéressées. Deux entrepôts de 3.000 m2 chacun viennent ainsi d’être livrés à Montoir. Des bureaux d’activités tertiaires pourraient aussi être bâtis selon la demande. Mais pas sur le site du Carnet, où il n’y a plus de projet en cours, assure le port.