Trente-cinq ans derrière le volant

Matthieu Bonamy

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Si vous êtes monté dans un bus 24, 28, 32, 42 ou 52, vous avez peut-être été accueilli par son inamovible sourire. Au volant de bus nantais depuis 1974, Chantal Drapeau arpente les rues de l'agglomération, le plus souvent dans sa partie sud. Plus ancienne conductrice de la Semitan, qui compte plus de mille chauffeurs, cette femme de 57 ans a assisté aux changements et au développement des transports en commun à Nantes. Que ce soit « la place du Commerce, où les conducteurs de bus doivent jongler avec des piétons de plus en plus nombreux, qui traversent n'importe comment », « l'arrivée du tramway en 1985 » ou encore « la vraie réussite du busway ».

Embauchée à l'âge de 21 ans, cette Nantaise pur beurre a commencé à travailler comme receveuse, « un poste déjà en voie de disparition à l'époque ». « Les gens montaient à l'arrière, où on leur vendait des tickets qu'on pointait », raconte-t-elle.

Une fois son permis en poche, Chantal a pu s'installer derrière le volant de bus... aussi maniables que des tanks. « On conduisait des Chausson à double débrayage. Pour les démarrages en côte, c'était sportif. Il fallait se fier à son oreille. Heureusement qu'il y avait moins de circulation que maintenant... » Heureusement aussi qu'il y avait moins de ronds-points. Aujourd'hui, sur certains trajets, elle en rencontre « plus de cent », et de toutes les tailles.

Au final, même si le travail se fait de plus en plus « monotone » à son goût, Chantal est satisfaite de sa vie professionnelle. Son confort de conduite a augmenté. Elle peut ainsi plus tranquillement observer et décrypter le ballet quotidien qui l'entoure : les fraudeurs qui croient la tromper en lui présentant un ticket déjà oblitéré, les stressés qui ne veulent pas rater leur arrêt, les automobilistes qui vont lui griller la priorité à un feu...

La doyenne de la Semitan refuse aussi de céder au discours nostalgique du « c'était mieux avant ». Au contraire : Chantal trouve que les gens sont plus polis, avec des « bonjour » et « merci » de plus en plus cordiaux. A sa façon, elle essaie de rendre cette gentillesse. « Un jour, en revenant du lycée de la Herdrie à Basse-Goulaine, mon bus est tombé en panne. J'ai prêté mon portable à quelques gosses pour qu'ils appellent leurs parents. » Aujourd'hui, elle commence à préparer sa retraite, prévue dans un peu plus d'un an. Elle envisage « deux jours de bénévolat dans l'humanitaire par semaine ». Il faudra bien recycler son sourire ailleurs. W