Homonymes anonymes de Loire-Atlantique

INSOLITE Michel Serreau, Pierre Perray, Michel Delpech... Ils portent le même nom que des célébrités, et le plus souvent, ils s'en amusent...

Antoine Gazeau

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C'était il y a une vingtaine d'années, dans un hôtel de Benodet : « J'ai demandé la clé de ma chambre et la réceptionniste ne voulait pas me la donner... » Michel Serreau, retraité de Carquefou, réclamait pourtant son dû. Mais son célèbre homonyme logeait ce week-end là dans le même établissement. Et la star, c'était lui.

Ils sont plusieurs, en Loire-Atlantique, à pouvoir raconter ce genre d'anecdotes. En attestent les Pages blanches et les demandes de changement de prénom formulées au tribunal de Nantes : 45 en 2008. C'eût pu être plus, mais « la procédure est longue et coûteuse », indique-t-on au greffe. Et puis, au delà des démarches administratives, la plupart des sosies nominaux préfèrent en rire.

En user et en abuser

Pierre Perray vit à Saint-André-des-Eaux depuis trois générations. Mohammed Ali, Philippe Seguin ou Pierre Bachelet sont du département. Jean Raynaud aussi, de Sautron. Dans les années 1990, il était en séminaire à Deauville. Visiblement, l'acteur traînait dans le coin : « Ma femme a appelé l'hôtel et on lui a répondu que je venais de partir... Heureusement qu'elle me fait confiance ! » Michel Delpech, lui, n'était pas à Arcachon il y a quinze ans, le 15 août. Du moins pas le chanteur : « On avait réservé des places sur un bateau, se souvient l'habitant du quartier Procé à Nantes. A notre arrivée, on n'a pas fait la queue, on a été reçu par le capitaine, j'ai gardé mes lunettes noires : on a passé une très bonne soirée ! »

Autant jouer le jeu... « On me demande souvent si je gagne autant d'argent que lui », note Patrick Sabatier, de Vigneux-de-Bretagne, qui répond par la négative. Et qui en convient : « Ça détend l'atmosphère quand on signe des chèques... » Ça peut quand même l'alourdir en cas de contrôle de papiers, témoigne Georges Bouché, dont le nom, écrit en capitales sur le permis de conduire, rappelle un célèbre président : « Les gendarmes, ça les rend caustiques... » Son ancien patron aussi, qui l'appelait « l'Américain ».

Jean-Marie Pen agacé

« On vient encore de recevoir le courrier d'un fan charentais... On lui a renvoyé. » Hormis son identité, pourtant, pas de confusion possible. Loïc Amisse est agriculteur, plutôt grand et à vrai dire, jamais trop embêté : « Les Guérandais ne sont pas fous de foot. » Thierry Rolland non plus. Le Nantais en tout cas compte aussi quatre homonymes dans le département... Thierry Henry, en revanche, a 25 ans de ballon derrière lui : « Il est parfois dur de lire la déception sur le visage du gérant de camping qui, jusqu'au bout, espère que c'est bien le footballeur qui a réservé », déplore cet habitant de Bouaye, non sans noter que la probabilité de voir Thierry Henry, l'autre, en tongs devant sa caravane demeure assez minime. Pour le reste, il essuie forcément les « t'as mal joué hier » ou « pas forme en ce moment »... Ça le fait sourire.

Face à l'inconséquence des plaisantins ou des distraits, tout le monde n'est pourtant pas égal. Françoise Hardy, de Treillières, vit très bien son homonymie avec l'égérie populaire des sixties. Et puis, elle « aime bien chanter ». Le Nantais Jean-Marie Pen, en revanche, la supporte d'autant moins qu'il travailla longtemps comme assistant parlementaire PS, à l'Assemblée nationale : « J'ai reçu des courriers à son nom, c'est un peu irritant. » Au moins autant que les appels insultants qu'il recevait à son domicile de Créteil : « Je répondais qu'il était peu probable que le président du FN vive dans la cité... »

Clavier et les mails corses

Ainsi va leur vie : les bévues téléphoniques sont habituelles chez eux. L'actualité en dicte la fréquence. A l'époque où Les Visiteurs envahissaient les écrans, le Nantais Christian Clavier n'a pas toujours goûté aux longs « Okay » nocturnes. « Je viens de recevoir un mail, tenté au hasard, me demandant de laisser les Corses tranquilles », s'amuse-t-il aujourd'hui. Il a répondu gentiment. Il relativise, comme la plupart. Lui demande t-on, d'ailleurs, si l'homonymie avec l'acteur le gêne parfois aux entournures ? Le Vertavien Pierre Richard répond illico que « non, pas du tout ». Et puis que lui, « au moins, c'est [son] vrai nom ».