Loire-Atlantique : Aussi pro qu’une entreprise, la Banque alimentaire s’active en réponse à la crise

COULISSES La grande collecte de la Banque alimentaire débute ce vendredi. L'organisme, dont le rôle est largement méconnu, aide toute l'année les assos à fournir des repas aux personnes dans le besoin

Frédéric Brenon
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La Banque alimentaire 44 récupère et distribue 2.000 tonnes de denrées par an.
La Banque alimentaire 44 récupère et distribue 2.000 tonnes de denrées par an. — F.Brenon/20Minutes
  • En Loire-Atlantique, la Banque alimentaire mobilise près de 3.000 bénévoles jusqu’à samedi soir pour récupérer des denrées.
  • La BA livre de la nourriture à plus d’une centaine d’associations.
  • Les besoins ont augmenté depuis le début de la crise sanitaire.

On dirait une entreprise comme les autres, avec ses bureaux, son vaste entrepôt niché dans la zone aéroportuaire Nantes-Atlantique et ses employés qui s’activent en permanence. Saut que l’occupant n’a pas pour but de faire du profit. Au contraire, son unique mission est de donner aux plus démunis. En service depuis les années 1980, la Banque alimentaire de Loire-Atlantique lance sa grande collecte annuelle vendredi et samedi. Plus de 2.500 bénévoles seront mobilisés dans une centaine de supermarchés du département pour récupérer un maximum de denrées auprès des clients.

Objectif : mettre de côté en deux jours au moins 250 tonnes de marchandises, en particulier des « conserves de poisson, des fruits et légumes, des plats cuisinés, du riz, de l’huile, du café et du sucre en morceaux ». « On lance un appel à la générosité des gens. Depuis le début de la crise sanitaire, les besoins ont fortement augmenté, observe Gérard Gueglio, président de la Banque alimentaire 44. On est passé de 16.000 à 17.000 bénéficiaires, de nouvelles associations nous ont rejoints. Il faut qu’on arrive à suivre. »

Pas de distribution en direct

A la différence des Restos du cœur ou du Secours populaire, la Banque alimentaire ne livre pas de repas directement aux personnes dans le besoin. Son rôle, largement méconnu, est de fournir les associations, lesquelles assurent elles-mêmes la distribution. Pas moins de 2.000 tonnes de nourriture sont ainsi remises chaque année aux 112 associations partenaires (Croix-Rouge, Saint-Vincent-de-Paul, CCAS…). « La majeure partie de nos denrées provient des grandes et moyennes surfaces, explique Gérard Gueglio. On va les voir tous les jours pour récupérer des fruits et légumes invendus et des produits frais en dates courtes. C’est ce qu’on appelle la ramasse. » Le reste de l’approvisionnement est issu de dons d’industriels, de maraîchers locaux et du fonds européen d'aide aux plus démunis. Sans oublier la collecte grand public, « indispensable pour équilibrer les stocks » et « exceptionnelle pour l’ambiance qu’elle génère », raconte cet ancien directeur de raffinerie pétrolière.

Tri des légumes à la Banque alimentaire de Loire-Atlantique.
Tri des légumes à la Banque alimentaire de Loire-Atlantique. - F.Brenon/20Minutes

Pour assurer ses missions à l’année, la Banque alimentaire, qui dispose à Saint-Aignan-de-Grand-Lieu de grands rayonnages de stockage et de six chambres froides, s’appuie sur 20 salariés et, surtout, le renfort d’une centaine de bénévoles réguliers sans qui « rien ne serait possible ». « On a beaucoup de retraités. Un ancien boucher, un comptable, un informaticien… Tout le monde se retrouve pour la bonne cause », témoigne Loïc, bénévole depuis 15 ans. « On se sent utile en venant ici. Et puis c’est convivial, on rencontre du monde », confirme Chantal, ancienne conductrice à la Semitan.

« Même si ce sont des dons, on doit être exigeants »

Malgré la diversité des profils, l’organisation laisse peu place à l’improvisation. « Tout est extrêmement bien réglé, on se sent comme dans une véritable entreprise », estime Loïc. « On gère de l’alimentaire donc on doit agir en professionnels, insiste le président. Tout est saisi, tracé. On doit être capable de savoir d’où vient le produit et à qui on l’a donné. Surtout avec les denrées fraîches, là il faut faire très attention. » Les fruits et légumes sont systématiquement triés. « On écarte ceux qui sont abîmés. Même si ce sont des dons, on doit être exigeants. Il n’y a pas de raison de distribuer aux bénéficiaires des produits de moins bonne qualité. »

Parfois, lorsque les dates limite de consommation sont atteintes, la Banque alimentaire n’a d’autre choix que de jeter. « Ne pas réussir à distribuer tout ce qu’on nous donne, ça fait vraiment mal au cœur, concède Gérard Gueglio. Ça arrive surtout en été avec la fermeture de pas mal d’associations. Pour éviter ça, on s’organise pour livrer nous-même des colis-repas aux bénéficiaires. Car les besoins sont toujours là. »

La Banque alimentaire recrute d'ailleurs en permanence des bénévoles, que ce soit pour son fonctionnement annuel ou sa prochaine collecte d’ajustement, prévue en mars.