Nantes : « C’est intenable pour nous… » Spécialité convoitée, la mâche pique à nouveau sa crise

AGRICULTURE Trois ans après la crise du métam-sodium, les cultivateurs de mâche de la région nantaise s’alarment cette fois de nombreux surcoûts de production alors que la récolte vient de débuter

Frédéric Brenon
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Production de mâche aux Sorinières (illustration).
Production de mâche aux Sorinières (illustration). — F.Elsner/20Minutes
  • La région nantaise livre 85 % de la production nationale de mâche.
  • La culture de cette salade hivernale subit de gros surcoûts de production.
  • La filière réclame une hausse des prix de vente. Et réfléchit à redynamiser l’image de ce produit emblématique. 

C’est une salade hivernale qui a du look et du goût, ce qui la rend particulièrement prisée lors des fêtes de fin d’année. La saison de récolte de la mâche, qui va durer six mois environ, vient de débuter. Une période synonyme de pic d’activité dans les maraîchers du bassin nantais, d’où ce produit est issu en grande majorité. Pour autant, le contexte est particulièrement délicat cette année en raison d’une forte hausse des contraintes et coûts de production. Le point.

Que représente la mâche pour Nantes ?

Entre 30.000 et 35.000 tonnes de mâche sont produits chaque année, généralement en plein champ, dans la région nantaise. Soit plus de 85 % de la production nationale. « C’est une salade de qualité, exigeante, qui apprécie l’hiver modéré et le sol sableux des bords de Loire », explique Régis Chevallier, président de Qualifrais, l’association de gestion de l’IGP mâche nantaise. L’activité, qui s’est fortement développée après la Seconde Guerre mondiale, fait travailler aujourd’hui environ 200 entreprises et quelque 4.000 salariés de Loire-Atlantique et de Vendée.

Les consommateurs sont-ils fidèles ?

La demande française pour la mâche est stable mais l’engouement pour les jeunes pousses et les graines germées, produits concurrents, ne lui permet pas d’envisager l’avenir avec sérénité. Hors de France, la mâche séduit toujours les pays du nord de l'Europe, en particulier l’Allemagne. Près d’un tiers de la production nantaise y est d’ailleurs exportée. Un marché que ne parviennent pas à alimenter les maraîchers allemands, en raison des conditions climatiques, mais que les cultivateurs italiens convoitent de plus en plus.

Pourquoi les producteurs nantais sont-ils en colère ?

Parce que les coûts des intrants indispensables à la culture de la mâche ont fortement augmenté ces derniers mois : + 10 % sur le prix du sable, + 45 % sur les engrais, + 50 % sur le tarif des bobines de film plastique, selon la filière. Sans compter que le coût du gaz et du carburant a aussi grimpé. « C’est du jamais vu. Nos marges sont désormais extrêmement réduites », s’alarme Régis Chevallier. « On arrive à un trop-plein, confirme Laurent Bergé, président d’Océane, principale coopérative légumière du bassin nantais. Les producteurs ne peuvent plus absorber à eux seuls ces surcoûts. Il faut trouver une solution sinon on ne pourra plus sortir de mâche. » Comme si cela ne suffisait pas, l’interdiction des emballages plastiques et des élastiques au 1er janvier 2022 entraînera des frais supplémentaires de conditionnement jugés « importants ».

La mâche est une spécialité du bassin nantais (illustration).
La mâche est une spécialité du bassin nantais (illustration). - F.Elsner/20Minutes

La crise du métam-sodium est-elle digérée ?

En octobre 2018, le métam-sodium était suspendu puis interdit par l’Etat après plusieurs intoxications d’ouvriers agricoles. Jugé dangereux pour la santé et l’environnement, ce pesticide était auparavant couramment utilisé pour assainir les sols avant les semis de mâche. La profession a donc dû tester en urgence de nouvelles méthodes de désherbage, comme le recours à la vapeur ou la technique dite des faux semis. « Globalement, les besoins et coûts de main-d’œuvre ont augmenté », assure Régis Chevallier qui se souvient aussi avoir dû « jeter beaucoup de mâche » en raison de maladies durant l’hiver 2019-2020. Le bio, lui, s’est développé mais reste très minoritaire.

Quelles solutions réclament les producteurs ?

Pour supporter les surcoûts de production, la profession réclame donc une répercussion sur le prix vendu en rayon. Mais cela passe par un accord avec les grossistes et la grande distribution, lesquels défendent également leurs marges tout en ne souhaitant pas entamer le pouvoir d’achat des consommateurs. « Il faut augmenter les prix. Nous n’avons plus le choix. La barquette de mâche à 0,99 euro en supermarché, par exemple, c’est intenable pour nous. Si on ne veut pas tout importer de l’étranger, il faut nous donner des moyens », clame Régis Chevallier. « Je pense que les consommateurs sont prêts à dépenser quelques centimes de plus. Les distributeurs peuvent également rogner un peu de leur marge. L’effort n’est pas si conséquent si tout le monde joue le jeu », estime Laurent Bergé. En parallèle, la filière réfléchit à redynamiser l’image de la mâche afin de lui « redonner de la valeur ». Une indication géographique protégée (IGP) existe déjà autour du nom « mâche nantaise » mais elle est peu connue du grand public. « A un moment, on a peut-être trop misé sur les volumes, considère le président d’Océane. Il y a un travail de reconnaissance sur la qualité qu’il faut opérer pour rebondir. C’est ce qu’a fait le muscadet. On peut réussir mais on y arrivera que si nous sommes unis entre nous. »