Loire-Atlantique : Vent d’opposition contre plusieurs projets de carrières de sable

ENVIRONNEMENT Les riverains dénoncent une bétonisation de l’environnement et craignent pour les terres agricoles, mais le sable demeure nécessaire à la construction de nouveaux logements

20 Minutes avec AFP
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Lafarge assure remettre les terrains en état autant que possible après avoir extrait le sable.
Lafarge assure remettre les terrains en état autant que possible après avoir extrait le sable. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

A Saint-Colomban en Loire-Atlantique, deux carrières de sable extraient déjà 700.000 tonnes de sable alluvionnaire par an sur plus de 100 hectares. GSM et Lafarge, les exploitants, aimeraient exploiter 70 hectares supplémentaires, doublant quasiment la taille des carrières. Problème, cela se ferait sur des terres classées « espaces agricoles pérennes », et l’opposition locale est forte.

« Les sablières sont éloignées de trois kilomètres, mais elles se rejoindront probablement à terme, ce qui représenterait 300 ha exploités, car il y a une forte demande en béton dans la région », s’inquiète Benjamin Boileau, membre du collectif La tête dans le sable. Les enjeux et les effets néfastes sur l’environnement sont nombreux : consommation de terres agricoles, assèchement des ressources en eau, hausse du prix du foncier, perte de biodiversité, paysages constellés de « gigantesques trous d’eau » entourés de merlons de terre…

Extraire en mer, la pire solution

« Davantage qu’une "consommation" des terrains, nous considérons notre exploitation comme un "emprunt" », plaide Loïc Leuliette, directeur de la communication de Lafarge France. Une fois exploités, « les terrains sont rapidement remis en état pour leur redonner une vocation agricole à chaque fois que c’est possible », précise-t-il. Mais pour les opposants, « retrouver une terre agricole avec les qualités d’origine est illusoire ».

Seulement, le sable est nécessaire à la construction et représente une réelle opportunité économique. « Si le sable vient de plus loin, on multiplie les camions. S’il est extrait en mer, on détruit l’écosystème marin. Or dans le Pays de Retz, on a programmé la construction de 1.600 logements par an, et un logement, c’est 200 à 300 tonnes de sable. Qu’on me dise comment on fait des logements sans sable ? », demande Patrick Bertin, le maire de Saint-Colomban. Il prévoit une consultation de sa population le 9 janvier.

En Loire-Atlantique, le sablage des cultures maraîchères pour favoriser la pousse et le ramassage mécanique, suscite aussi beaucoup de questionnements. Interrogée, la Fédération des maraîchers nantais évoque une consommation « ancestrale indispensable, stable et hyperoptimisée » d’environ 500.000 tonnes annuelles.

350 millions de tonnes par an en France

Deuxième ressource naturelle la plus exploitée en volume après l’eau, avec une demande qui a triplé en vingt ans, selon l’ONU, le sable entre dans la composition du béton, du verre, des microprocesseurs, routes, engrais, pneus, peintures, cosmétiques, etc. La France consomme ainsi 350 millions de tonnes de granulats par an pour la construction.

« On consomme trop de sable dans le monde », avertit Eric Chaumillon, professeur de géologie marine. « Ce n’est pas durable pour une ressource non renouvelable qui met au minimum plusieurs millénaires à se former », poursuit-il. Problème, pour Jean-Christophe Gavallet, président de la FNE des Pays de la Loire, « le sable est encore trop peu coûteux pour justifier des politiques innovantes de recherche de matériaux alternatifs ».