Halloween : Au Moyen-Age, le mystérieux tueur d'enfants Gilles de Rais agissait par « plaisir »

MONSTRES DE NOS VILLES (4/10) A l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions aux siècles passés

Julie Urbach
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Représentation de Gilles de Rais
Représentation de Gilles de Rais — MARY EVANS/SIPA
  • 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes ». Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • En Vendée, l’intrigant Gilles de Rais serait responsable de la mort de nombreux enfants, au Moyen-Age.
  • Après une jeunesse flamboyante, ces expériences de magie noire l’auraient mené à des sacrifices humains, commis pour « son plaisir et sa délectation charnelle »

Peut-être entendrez-vous encore des cris si vous tendez bien l’oreille. En Vendée et Loire-Atlantique,, les châteaux de Tiffauges ou de Machecoul font froid dans le dos de ceux qui savent tout ce qui s’y serait déroulé. Si le premier est la plus grande forteresse médiévale de l’Ouest, c’est aussi pour le mystérieux personnage qu’il a abrité qu’on vient le visiter. C’est ici, dans des appartements secrets, que Gilles de Rais aurait séquestré de nombreux enfants au XVe siècle, avant de leur infliger des sévices en tous genres puis de les faire disparaître…

Mais Gilles de Rais n’a pas toujours été ce seigneur « cruel et sanguinaire, froidement barbare », jusqu’à devenir « certainement l’une des figures les plus en relief du Moyen-Age », comme l’écrivait à son propos le quotidien Le Vélo, en 1894. Né autour de 1405, le jeune baron, devenu orphelin très jeunes, s’illustre en prenant les armes auprès du roi Charles VII, dans une violente guerre de Cent ans menée contre les Anglais. Compagnon de Jeanne d’Arc, le seigneur participe d’ailleurs à la levée du siège d’Orléans, et reçoit le titre de maréchal de France en 1429. Une mise en lumière fulgurante, avant qu’il ne sombre dans les ténèbres.

Des expériences de magie noire

Représentation de Gilles de Rais

« On a du mal à savoir ce qui a pu se passer, s’il y a vraiment eu un avant et un après, mais plusieurs éléments très rapprochés peuvent expliquer ce basculement, avance Emmanuel Leduc, historien à Machecoul et spécialiste du personnage, qu’il essaye de démythifier. Certains auteurs disent que la mort de Jeanne d’Arc, en 1431, a été un déclencheur. D’autres parlent aussi du décès un an plus tard de son grand-père Jean de Craon, qui l’a éduqué, même si on dit qu’il aurait eu sur lui une influence très néfaste. Il y a enfin la disgrâce, en 1433, de Georges de la Trémoille, qui était son grand protecteur. »

A la tête d’une importante fortune et de nombreux châteaux, Gilles de Rais dilapide tout et se ruine. On dit qu’il se tourne alors vers l’alchimie pour tenter de se refaire. Sous l’influence de Francesco Prelati, l’homme décrit comme très crédule ne parviendra sans doute jamais à transformer le plomb en or mais ces expériences de magie noire, où il voit parfois le diable, mèneraient cet homme marié, père d’une petite fille, à des sacrifices humains. Combien d’enfants des environs auraient été enlevés par ses complices (et notamment ses valets Henriet et Poitou) violés parfois, étranglés souvent, décapités, voire complètement démembrés ? Le chiffre de 140 est parfois avancé mais les avis divergent chez les nombreux spécialistes qui se sont penchés sur le sujet, dont nombreux rappellent qu'aucun ossements n'ont été retrouvés.

Le château de Tiffauges, en Vendée
Le château de Tiffauges, en Vendée - B. Gendron / conseil départemental de Vendée

Pendu et brûlé

« Gilles de Rais ignore le nombre de meurtres, mais ses complices l’évaluent autour d’une centaine, avance Emmanuel Leduc. On ne connaît qu’un exemple lié à la sorcellerie macabre et pour le reste, il parle "de son plaisir et sa délectation charnelle". » « Lors du procès, on trouva 46 squelettes à Champtocé et 80 à Machecoul, écrivait Le Petit Journal en 1931. Mais beaucoup d’autres corps avaient été brûlés. »

Car Gilles de Rais a bel et bien été puni pour toutes ces infamies, même s’il n’est au départ pas repéré pour cette raison. C’est une intrusion armée dans une église à Saint-Etienne-de-Mer-Morte, pour régler un litige foncier, qui le mène à sa perte. Après avoir été excommunié, il est jugé dans la foulée par le tribunal civil pour hérésie, invocation des démons, enlèvements et meurtres d’enfants, lors d’un procès où ses valets témoignent contre lui, sous la torture disent certains, et provoquent des aveux. Condamné à être pendu et brûlé, il obtient la promesse que son corps soit inhumé au couvent des Carmes à Nantes.

Depuis, c’est sous le nom de Barbe Bleue, sulfureux personnage (qui s’attaquait aux femmes !) du conte de Perrault, que Gilles de Rais réapparaît parfois. A tort ! préviennent plusieurs historiens, lesquels regrettent que cette rumeur persiste, alors que de nombreux édifices s’affichent comme « château de Barbe Bleue ». Une légende dans la légende alimentée par la tradition orale mais encore difficile à expliquer, pour Emmanuel Leduc. « Quand la rumeur se propage, et devient même un argument touristique, il est très dur de s’en défaire ! »