Exécution des 50 otages il y a 80 ans à Nantes : comment raconter cette histoire souvent méconnue des Nantais ?

SOUVENIR Les commémorations du 80e anniversaire de l’exécution des 50 otages ont lieu ce vendredi à Nantes. Mais les habitants connaissent-ils vraiment cette histoire ? Et comment la perpétuer ?

Pierre-Alexandre Aubry
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Des affiches des
Des affiches des — P-A. Aubry/20 Minutes
  • Ce vendredi, Nantes commémore le 80e anniversaire de l’exécution des 50 otages.
  • Les Nantais sont loin de tous connaître cette histoire. Le Comité du souvenir explique le travail à mener auprès de la population.

Le 22 octobre 1941, le lieutenant-colonel Karl Hotz, responsable des troupes d’occupation en Loire-Inférieure, est abattu à Nantes par des résistants. En représailles, 48 otages sont fusillés deux jours plus tard par les Nazis, à Nantes, Châteaubriant et au Mont-Valérien, à Paris. Parmi ces 48 victimes, de nombreux résistants français, dont Guy Môquet, jeune résistant français fusillé à l’aube de ses 17 ans.

Suite à ce funeste événement, le Général de Gaulle fera de Nantes la première ville « Compagnon de la Libération », en novembre 1941. Cet épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale est toujours intimement lié à Nantes, 80 ans après. Aujourd’hui, le monument des 50 otages, sur le cours du même nom, occupe une place centrale à Nantes. Face à la préfecture, une station de tramway est ainsi nommée, en hommage à ces prisonniers tués par les Nazis. « Il s’agit d’un fait historique très important. C’est le premier massacre de masse dans l’ouest de la France. A ce moment-là, la répression nazie est en marche. Hitler se démasque », raconte Christian Retailleau, président du Comité du souvenir des fusillés de Châteaubriant, de Nantes et de Loire-Inférieure.

Un travail de mémoire à mener

Mais que savent vraiment les Nantais de ce tragique événement ? « Je sais que ce sont des personnes qui ont été fusillées. Mais à quelle époque ? Aucune idée », explique Abi, 26 ans, qui habite pourtant juste à côté du Monument des 50 otages. Virginie, qui vit à Nantes depuis un an, n’en a « absolument aucune idée ». Contrairement à Guy, jeune Nantais pur beurre « intéressé par l’histoire de la ville » et qui connaît très bien le contexte de cette exécution. Mais la plupart des néo-Nantais ou des jeunes n’ont pas complètement connaissance de ce pan de l’histoire de la ville.

En tout cas, le monument des 50 otages attire les regards.
En tout cas, le monument des 50 otages attire les regards. - P-A. Aubry/20 Minutes

« On entre dans une période où il va falloir transmettre cette mémoire longue, car il n’y a presque plus aucun témoin direct », indique Christian Retailleau, dont le comité a mis en place de nombreuses manifestations avec la ville pour le 80e anniversaire de l’événement. Le travail de mémoire est d’autant plus important que le département attire, chaque année, toujours plus d’habitants. « Les collectivités ont conscience qu’il faut toucher les populations nouvelles. Il faut apporter de nouveaux outils pour ces habitants ». Parmi ces outils, la représentation d’une pièce de théâtre sur les 50 otages, qui tournera dans toute la Loire-Atlantique.

"Il est primordial de connaître son passé"

Décrite comme un moment important de l’histoire de la Résistance, l’exécution des 50 otages sera commémorée ce vendredi à Nantes, au travers de cérémonies ouvertes au grand public. A Indre, commune de la métropole, le comité du souvenir local rendra hommage aux résistants de la commune, ce dimanche, avec la participation des enfants. « En travaillant avec le milieu scolaire, on touche aussi les parents. Car les enfants leur en parlent », indique Jean-Luc Le Drenn, président de ce comité. « Il est primordial de connaître son passé si on ne veut pas vivre les mêmes situations », conclut Christian Retailleau, qui espère que le travail de mémoire mené par les associations et les collectivités touchera les Nantais, à l’occasion de ce triste anniversaire. Une mission difficile, mais nécessaire.