Nantes : Malgré un marché du stylo déclinant, Waterman fait le dos rond et relocalise

ECONOMIE L'usine de Saint-Herblain, près de Nantes, fabrique 8 millions de stylos de marques Parker et Waterman par an

Frédéric Brenon
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Des stylos plume produits par la marque Waterman.
Des stylos plume produits par la marque Waterman. — F.Perry/AFP
  • Le site de Saint-Herblain, qui emploie 360 salariés, appartient à Newell France production.
  • Il produit des stylos Waterman et Parker pour le monde entier.
  • Le marché du stylo subit une érosion régulière des ventes.

C’est l’une des entreprises emblématiques de l’agglomération nantaise. Voilà désormais plus de 54 ans que l’usine Waterman produit des stylos à Saint-Herblain, à deux pas de la zone Atlantis. Le site, propriété de Newell France production, une filiale du groupe américain Newell Brands, fabrique des stylos rechargeables (plume, roller, gel et bille) pour les marques Waterman (modèles Hémisphère, Expert…) et, surtout, Parker (Jotter, Duofold, Sonnet…). Quelque huit millions d’unités en sortent chaque année, sans compter l’encre et les recharges, également conçues sur place.

Un savoir-faire spécifique, nécessitant de nombreuses tâches manuelles, mais fragilisé depuis vingt ans par la montée en puissance de l’informatique et des smartphones. L’effectif est ainsi passé d’environ 500 salariés il y a dix ans à 360 (dont 250 dans les ateliers). Ils étaient même près d’un millier à la fin des années 1980. « Le marché se réduit d’année en année et le nombre de salariés aussi. Ça fait de la peine », confie Laurence Griveau, déléguée syndicale CGT.

L’usine va pouvoir recruter

Heureusement, la rentrée 2021 est porteuse de renouveau. Après un exercice 2020 « compliqué » en raison de la crise sanitaire, les ventes de stylos sont reparties depuis peu à la hausse, rapporte la direction. Une partie de la production automatisée, qui était autrefois externalisée en Asie, va également être réintégrée au sein de l’usine de Saint-Herblain. « Deux nouvelles lignes de production seront mises en service d’ici à la fin de l’année, explique Bruno Réaud, le directeur de l’usine. Cette activité était confiée à nos partenaires chinois mais le groupe a souhaité la relocaliser afin de renforcer le site. C’est évidemment une très bonne nouvelle. Cela va nous permettre d’augmenter nos volumes d’environ 10 %. »

Des stylos plume produits par la marque Waterman.
Des stylos plume produits par la marque Waterman. - F.Perry/AFP

Une nouvelle ligne de conception de packaging écologique est aussi mise en place. Conséquence de ces évolutions : l’usine va pouvoir recruter entre dix et douze personnes supplémentaires. « Cela ne signifie pas que les effectifs vont augmenter, nuance Laurence Griveau. Quand on regarde dans le détail, il y aura autant de départs en retraite que de recrutements. »

Des stylos-plumes de luxe

Les stylos Parker et Waterman produits près de Nantes sont vendus « dans le monde entier », en particulier en Chine, au Japon, en Europe et au Moyen-Orient. La France, elle, représente environ 15 % des débouchés. Les clients sont aussi bien des scolaires, des familles ou des hommes d’affaires. « Le développement du numérique a forcément un effet négatif sur l’utilisation du stylo. Mais le marché est loin d’avoir disparu. On est dans le bel objet, le cadeau, le rechargeable, l’inusable », décrit Bruno Réaud.

Le luxe aussi, pour certains modèles de plume, accessibles seulement au-delà d’un millier d’euros, à l’image de la collection Exception. « Le haut de gamme offre indéniablement du potentiel. Mais l’entreprise s’y intéresse moins en moins. Elle préfère faire du volume avec des stylos moyen ou bas de gamme », regrette Laurence Griveau.