Nantes : Couvre-feu, nouvelle trajectoire et allongement de la piste confirmés à l’aéroport

AVIATION L'Etat confirme une série de mesures visant à limiter les nuisances sonores subies par les milliers d'habitants survolés à basse altitude par les avions transitant par l'aéroport Nantes-Atlantique

Frédéric Brenon
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Un avion sur le tarmac de l'aéroport Nantes-Atlantique.
Un avion sur le tarmac de l'aéroport Nantes-Atlantique. — JS.Evrard/AFP
  • L’aéroport Nantes-Atlantique a pour inconvénient d’avoir sa piste positionnée dans l’axe du centre-ville de Nantes, ce qui expose un grand nombre d’habitants aux nuisances sonores.
  • Pour limiter le bruit subi par la population vivant au nord de l’aéroport, l’Etat confirme qu’il allongera la piste de 400m et mettra en place une nouvelle trajectoire d’atterrissage.
  • Un couvre-feu sera également mis en œuvre à partir de mars 2022.

Plus de trois ans après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique se fait toujours attendre. Il en est de même pour les actions visant à réduire les nuisances sonores subies par les milliers d’habitants des communes voisines. La chute du trafic aérien liée à la crise sanitaire a même fait craindre aux intéressés que les projets soient discrètement suspendus. Mais « ça avance », les choses vont bouger, annonce le préfet de Loire-Atlantique, alors que deux réunions publiques d’information sont programmées ce mardi et ce jeudi. Le point sur les dernières décisions de l’État.

La piste sera bien allongée de 400 m au sud

C’était l’une des principales décisions issues de la concertation publique menée de mai à juillet 2019 : la piste aéroportuaire devait être allongée de 400 m au sud afin de permettre aux avions atterrissant par le nord de survoler Nantes plus haut dans le ciel et donc de diminuer un peu le bruit au sol. Puis des rumeurs avaient évoqué un possible renoncement de l’État. Il n’en sera rien. L’allongement est bien « à l’ordre du jour » assure le préfet Didier Martin. « C’est un impératif », insiste Yoann La Corte, chef de projet pour la direction générale de l’aviation civile (DGAC). « L’allongement n’aura aucun impact significatif sur Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, ni sur le lac. Il ne permettra pas non plus d’accueillir de plus gros avions », promet-il. L’extension de 400 m obligera tout de même à procéder à six expropriations de terrains agricoles. Il faudra attendre mi-2023 pour qu’elle soit opérationnelle.

Une nouvelle trajectoire au-dessus du centre-ville

Un système de guidage, nommé ILS, sera mis en place à partir de 2023 pour les atterrissages s’effectuant par le nord (au-dessus de Nantes) afin de faciliter et sécuriser le travail des pilotes. Sa mise en service déclenchera une nouvelle trajectoire de descente, un peu plus pentue et, surtout, directe, c’est-à-dire qu’elle suivra grosso modo l’Erdre puis passera au-dessus de la Tour Bretagne. Mais plutôt que de choisir d’abandonner l’approche actuelle désaxée (les avions longent la Loire puis effectuent un virage à hauteur de l’île de Nantes) jugée légèrement moins sûre, l’État a décidé qu’il y aurait à l’avenir deux trajectoires possibles par le nord : la nouvelle « lorsque les conditions météo sont mauvaises », l’actuelle « par beau temps ». Les survols à basse altitude de la ville de Nantes seront donc étalés sur deux zones au lieu d’une. Des Nantais qui ne voyaient pas les avions les observeront et les entendront au-dessus de chez eux. D’autres, habitués au ballet aérien, les subiront un petit peu moins. Sachant que les atterrissages par le nord sont appelés à devenir majoritaires (leur proportion n’est que de 40 % aujourd’hui) une fois l’ILS en place.

Un avion sur le tarmac de l'aéroport Nantes-Atlantique (illustration).
Un avion sur le tarmac de l'aéroport Nantes-Atlantique (illustration). - S.Salom-Gomis/Sipa

Un couvre-feu à partir de minuit

Réclamée depuis longtemps par les riverains, l’interdiction des vols de nuit à Nantes-Atlantique sera effective à partir de mars 2022, affirme l’État. Le couvre-feu aura lieu de minuit à 6h du matin. Il sera précédé d’une interdiction faite aux avions les plus bruyants de 22h à minuit. « Seule une compagnie qui aura des besoins imprévus, indépendants de sa volonté, pourra voler », précise la Yoann La Corte de la DGAC. Sollicitée, l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (Acnusa) a rendu un avis défavorable. Elle considère certes le couvre-feu comme « un progrès » mais juge la définition des exceptions « imprécise juridiquement » au risque que les compagnies aériennes s’octroient quelques libertés. Elle pointe également du doigt le mode de calcul des avions les plus bruyants, l’État ayant retenu la méthode de la « marge acoustique » jugée moins contraignante pour les compagnies que la méthode du « bruit certifié réel ». L’État a également choisi de ne pas donner suite aux demandes de couvre-feu sur la tranche horaire 6h-7h. « La question pourra être réétudiée », indique la DGAC.

Les nuisances vont-elles baisser au final ?

« Si on compare la situation avant et après toutes les mesures précitées, on aura une amélioration très significative » des nuisances sonores, assure la DGAC. Elle prévoit ainsi de faire sortir 26.000 habitants de la zone de bruit, soit 35 % des riverains aujourd’hui exposés à des nuisances aériennes. « L’ensemble des territoires devrait bénéficier des mesures », ajoute Yoann La Corte. Le couvre-feu est jugé « très protecteur ». Quant à l’allongement de la piste, il permettrait de faire voler les avions en phase d'atterrissage environ « 35 m plus haut » au nord de l’aéroport et « 25 m plus haut » au sud. Une analyse à nuancer puisque les associations de riverains ont répété à maintes reprises que cet écart serait insuffisant pour permettre de ressentir une diminution réelle du bruit au sol. A vérifier en 2023, donc. Par ailleurs, les prévisions tablent toujours sur un trafic en forte hausse d’ici à 2040 : entre 10 et 11 millions de voyageurs prévus contre 7,2 millions en 2019, environ 77.000 mouvements d’avions par an anticipés contre 63.000 avant la crise sanitaire.

L’aérogare agrandie, mais pas avant 2024

Les travaux d’agrandissement et de modernisation de l’aérogare de Nantes-Atlantique n’auront pas lieu avant « 2024-2025 ». Il faudra d’abord attendre la nomination d’un nouveau concessionnaire puisque le financement des opérations, estimé à 450 millions d’euros hors taxe, sera à sa charge. « Aucune subvention publique ne sera versée », promet la DGAC. En attendant, l’État entretient le mystère sur le cahier des charges de la concession et les offres des candidats. Mais on sait que plusieurs groupes sont sur les rangs, dont Vinci. Le nouveau contrat pourrait entrer en vigueur l’été prochain. Les futurs travaux devraient aussi porter sur les stationnements d’avions et la rénovation de la piste elle-même, ce qui obligerait alors à une fermeture de l’aéroport de «plusieurs mois ».