Nantes : Au marché de la Petite-Hollande, l’interdiction des sacs plastiques n’emballe pas tout le monde

POLLUTION Malgré la pollution observée chaque week-end sur les rives de Loire, clients et commerçants sont divisés sur l’interdiction entrant en vigueur ce samedi

Frédéric Brenon
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Un stand de poissonnerie au marché de la Petite-Hollande à Nantes.
Un stand de poissonnerie au marché de la Petite-Hollande à Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Le marché de la Petite-Hollande à Nantes est l’un des marchés en plein air les plus fréquentés de France. Près de 200 commerçants y ont un étal.
  • Plusieurs dizaines de milliers de sacs plastiques seraient ainsi distribués chaque samedi par les commerçants, un certain nombre termine dans la Loire.
  • L’interdiction des sacs plastiques sur ce marché fait craindre à certains commerçants une baisse des ventes.

C’est l’un des marchés de plein air les plus fréquentés de France. Très apprécié des Nantais, le marché de la Petite-Hollande se réunit chaque samedi sur l’esplanade de l’île Gloriette. On y trouve de tout, des bijoux, du textile, des produits frais, des plats cuisinés… Mais aussi, comme dans d’autres marchés, des sacs plastiques. En grande quantité. Plusieurs dizaines de milliers seraient ainsi distribués chaque samedi par les commerçants (200 stands environ).

Outre le gaspillage de sacs plus franchement en phase avec l’époque, un volume non négligeable finit aussi, soulevé par le vent, dans la Loire toute proche. Et la mairie de Nantes, préoccupée par la pollution, en particulier celle des « milieux aquatiques », a décidé de dire stop. La vente et la distribution des sacs plastiques à usage unique seront donc interdites à partir de ce samedi.

« Ce qui pose souci sur ce marché c’est sa taille, très importante, et la proximité du fleuve, justifie Hervé Fournier, conseiller municipal en charge des marchés. Le sujet est connu depuis longtemps et, si on veut vraiment être efficace, ça passe par l’interdiction. C’est une nécessité écologique. Personne ne peut se satisfaire de la situation. Du reste, 90 % de l’arrêté municipal n’est qu’un rappel de la loi existante. On a simplement voulu aller plus loin en interdisant également les sacs en matières biosourcées car ils sont difficiles à reconnaître et s’envolent, eux aussi, dans la Loire. »

« Les clients achèteront moins »

Samedi dernier, dans les allées de la Petite-Hollande, l’annonce de la mesure divisait les clients. « Il y en avait vraiment besoin, estime Solène, qui fait ses courses avec un chariot. Quand on vient à la fin du marché, on voit bien qu’il y a des sacs qui traînent un peu partout autour. Et on devrait être habitué à faire sans, normalement. C’est déjà le cas depuis longtemps dans les supermarchés. » Amina pense aussi que « c’est une bonne chose pour la planète ». Sandra est moins ravie. « Je viens parfois à l’improviste en passant en tramway et je trouve ça quand même bien pratique qu’on nous donne des sacs. Comment je ferai demain ? On nous met des contraintes partout maintenant. »

Etal de fruits et légumes au marché de la Petite-Hollande à Nantes.
Etal de fruits et légumes au marché de la Petite-Hollande à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Si la majorité des commerçants semble consciente de l’enjeu écologique, beaucoup craignent les conséquences du changement d’habitude sur la clientèle. A l’image d’Abdel, vendeur de fruits et légumes, qui a prévu de distribuer des sacs en papier kraft désormais. « C’est un marché populaire, les gens ne sont pas forcément équipés de boîtes ou de leur propre sac. D’habitude je distribue entre 1.000 et 2.000 sacs [plastiques] chaque samedi. Les sacs en papier, eux, n’ont pas de poignée. Les clients seront embêtés et achèteront moins. »

« Aller vers une ville zéro plastique »

« Franchement, le moment est très mal choisi, râle un autre vendeur de primeurs. On sort de deux années galère​ et, juste au moment de la rentrée, on nous met à nouveau des bâtons dans les roues. » Du côté de la poissonnerie Paon, on est assez inquiet également. « Les sacs en papier kraft ça se déchire dès que c’est humide, ça va être une catastrophe, craint Aymerick, le responsable. On en parle déjà aux clients, on fait de la prévention, mais ils sont encore très nombreux à nous demander des sacs. Ça risque d’être compliqué. »

La mairie de Nantes dédramatise. « Il est normal que ce changement suscite des appréhensions, réagit Hervé Fournier. Mais je suis convaincu que ça va bien se passer. On veut aller vers une ville zéro plastique, il faut que nos habitudes évoluent. » Pour l’heure, il n’est pas prévu d’étendre cette interdiction aux autres marchés de la ville, précise l’élu.