«Les intégristes se présentent comme d’éternelles victimes»

INTERVIEW Christian Vogels, Sociologue des religions à l’université de Nantes...

Recueilli par Guillaume Frouin, à Nantes

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Est-ce que Nantes et sa région demeure un fief catholique?

Il est clair que la Bretagne et les Pays de la Loire sont l’un des derniers bastions du christianisme en France, avec une forte présence du catholicisme. Ce dernier a tendance à perdre du terrain, au profit d’une laïcisation de la société.

Et quel est le degré de pratique chez les croyants?
En Loire-Atlantique, 65 à 70% de la population se reconnaissent de culture catholique. Mais seuls 2 à 3% - essentiellement des personnes âgées - vont à la messe tous les dimanches. Une autre partie des catholiques, désormais intégrée dans le recensement des catholiques «pratiquants», va à la messe une fois par mois et pour les grandes fêtes. Les trois quarts restants n’y vont jamais, et n’ont qu’une vague connaissance de leur religion.
 
Hormis les trois courants répertoriés (traditionnalistes, intégristes, sédévacantistes), en existe-t-il d’autres en marge de l’Eglise?
On oublie souvent les chrétiens progressistes dits «de gauche», incarnés par le mouvement des prêtres ouvriers, qui ont eu le vent en poupe après le concile Vatican II entre 1965 et 1980. Ils ont été littéralement balayés par le courant conservateur sous Jean-Paul II. Ils réalisent aujourd’hui leur action de chrétien en dehors de l’institution, dans des associations de soutien aux SDF ou aux immigrés. Pour eux, le rituel de la messe passe au second plan.

Les trois autres courants sont-ils appelés à prendre de l’importance, après la levée des décrets d’excommunication des quatre évêques intégristes ?
Les intégristes et sédévacantistes ont les moyens de se faire entendre, en apparaissant dans les médias comme d’éternelles victimes. Reste qu’ils ne feront jamais le poids: quand on regarde la pyramide des âges de ces obédiences, on observe lucidement qu’elles sont âgées.