Nantes : « Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi intense », raconte Emilie Bourdon, plus jeune élue à la mairie

INTERVIEW La benjamine du conseil municipal de Nantes a été élue à l'âge de 23 ans. Elle revient sur sa première année d'exercice, la jeunesse et l'engagement politique

Propos recueillis par Frédéric Brenon
— 
Emilie Bourdon est la plus jeune conseillère municipale de la ville de Nantes.
Emilie Bourdon est la plus jeune conseillère municipale de la ville de Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Emilie Bourdon, 24 ans, est conseillère municipale en charge du développement des pratiques culturelles amateurs et émergentes, du sport au féminin et du handisport.
  • Elle a découvert la politique en entrant au syndicat Unef, puis en rejoignant le mouvement Génération.s.

C’est la plus jeune élue de la mairie de Nantes. Du haut de ses 24 ans, un âge où beaucoup sont encore aux études ou découvrent la vie active, Emilie Bourdon, conseillère municipale de la majorité, vient tout juste de boucler sa première année de mandat au sein de la sixième ville de France. En charge du développement des pratiques culturelles amateurs et émergentes, du sport au féminin et du handisport, celle qui est membre du mouvement politique de gauche Génération.s livre pour 20 Minutes son regard sur ses responsabilités, la jeunesse et l’engagement. Entretien.

Quel bilan personnel faites-vous de cette première année d’élue ?

Je suis très contente, tout en ayant conscience d’avoir vécu une année assez rocambolesque en raison de la pandémie. Je pensais que ça allait mieux se passer. Les rencontres étaient compliquées, un grand nombre d’activités se sont arrêtées, il y avait des nouvelles urgences sociales… Au final, on a quand même réussi à mettre beaucoup de choses en place, on a énormément travaillé. J’ai hâte de pouvoir retrouver un peu de normalité, notamment retourner sur le terrain.

Le quotidien d’un élu correspond-il à l’idée que vous vous en faisiez ?

Il y a plein de choses qu’on ne s’imagine pas. J’avais oublié qu’on devait célébrer des mariages, qu’on devait valider des commissions de sécurité… Plein de choses qui font partie de la gestion quotidienne d’une mairie, qui ne sont pas politiques, mais qui bout à bout prennent beaucoup de temps. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi chronophage, aussi intense. Mais j’ai choisi le temps que je veux y consacrer, je ne me plains pas. En parallèle, je continue de travailler à mi-temps [elle est chargée de mission dans une association basée à Paris] et j’ai la chance d’avoir des employeurs compréhensifs. Pour certaines activités professionnelles, en revanche, ça me paraît extrêmement compliqué.

Etre élue, c’est aussi essuyer des critiques ?

Evidemment, il y a des stéréotypes sur les élus. Certaines personnes remettent en cause l’action publique, nous disent « vous ne pourrez rien faire », « ce ne sont que des bonnes paroles ». Certains citoyens sont dans un discours de rejet de tout ce qui est politique. Mais il faut bien se rendre compte que tout est politique. Tout ce qu’on fait au quotidien, faire ses courses à un endroit ou un autre, mettre ses enfants dans le public ou dans le privé, ce sont des choix politiques. Il faut donc prendre du recul, apaiser le débat. Il n’y a pas d’opposition à avoir entre les élus, les acteurs associatifs, les collectifs citoyens… Tout ce petit monde doit travailler en harmonie.

Quelles sont vos relations avec la maire de Nantes ?

On ne s’est pas beaucoup vues. J’ai l’occasion de la croiser lorsqu’elle intervient dans mes champs de délégation, quand on rencontre des acteurs, par exemple lors de la victoire européenne des handballeuses. Les relations de travail se font plus avec les adjoints. Johanna Rolland a un emploi du temps extrêmement lourd, une charge de travail extrêmement importante. J’admire tous les maires pour ça.

Emilie Bourdon, plus jeune conseillère municipale de Nantes.
Emilie Bourdon, plus jeune conseillère municipale de Nantes. - F.Brenon/20Minutes

En tant qu’élue, avez-vous bénéficié ou souffert d’un traitement particulier lié à votre âge ?

Je m’attendais à avoir quelques commentaires désobligeants sur ma jeunesse mais ça n’a pas été le cas. Même pas de blagues. J’ai surtout eu des questions sur mon parcours. Il faut dire que dans ce nouveau conseil municipal, il y a une grande confiance qui a été accordée aux jeunes : Mahaut Bertu, Tristan Riom, Pauline Langlois sont à peine plus âgés et ont des postes d’adjoints, avec des responsabilités importantes. Ce n’est pas une question de quotas. On nous laisse aussi beaucoup d’autonomie pour mener nos dossiers.

Comment intéresser davantage les jeunes à la politique ?

Il y a une vraie difficulté sur le vote, les chiffres de l’abstention le montrent. Mais je suis convaincue que l’envie de changer les choses est toujours aussi forte chez eux. Il n’y a qu’à voir les mobilisations  sur l’urgence climatique, sur l’accès au travail, sur les droits LGBT… Il n’y a pas de recette magique pour faire que les jeunes votent plus. Il y a une responsabilité d’exemplarité, de respect du programme, qui incombe aux élus. Il y a peut-être aussi la question des modèles. Quand des jeunes s’engagent en politique, montrer que c’est possible, que ce ne sont pas des petits protégés parachutés. Il y a des parcours inspirants. C’est important de faire confiance aux jeunes, pour la symbolique d’avoir un jeune représentant déjà. Mais surtout parce qu’un jeune va avoir une parole plus éclairée sur les problématiques concernant sa tranche d’âge.

Comment êtes-vous tombée si tôt dans la politique ?

J’ai grandi dans une famille de gauche au sein de laquelle on a toujours eu l’habitude de débattre, de forger une vision critique sur le monde. Ça a été je pense un point de départ extrêmement important. Ensuite, en fin de première année de fac, j’ai découvert le syndicat étudiant Unef en accompagnant des amies. Ça m’a tout de suite plu. J’ai récupéré la présidence locale du syndicat pile au moment de la loi Travail, du projet de sélection à l’entrée de l’université. C’était très riche. Au-delà des combats qu’on mène, on gagne en confiance en soi, on apprend à s’exprimer en public, à transmettre. C’était une libération personnelle. Après l’Unef, j’ai cherché d’autres moyens de me rendre utile. J’ai eu des engagements associatifs et j’ai franchi le pas d’un engagement partisan auprès de Génération. s au moment des présidentielles.

Et votre arrivée à la mairie ?

Quand les municipales 2020 sont arrivées, les discussions dans la liste de Johanna Rolland ont abouti à trois places pour Génération.s. J’étais volontaire pour en être. J’avais ce sentiment de pouvoir changer les choses différemment en devenant élue. On m’a demandé les sujets que j’avais envie de porter. Et c’est Johanna Rolland qui nous a proposé  des responsabilités. J’ai tout accepté avec fierté. Je ne suis pas experte des sujets que je porte. Mais pour moi ils font sens, ils touchent à l’égalité des droits, ça correspond bien à mon parcours.

Justement, que pensent vos proches de tout ce chemin parcouru ?

Mes parents sont fiers. Ma famille m’a toujours encouragé, j’ai cette chance-là. Y compris à un moment où j’ai mis mes études de côté au profit de mes responsabilités au sein de l’Unef. Mon père a toujours dit qu’il préférait que je sois heureuse plutôt que formatée. Mes amis, eux, sont quasiment tous des gens déjà engagés, des élus pour certains. Ils ne sont pas surpris, mais on se soutient mutuellement.

Vous ne décrochez donc jamais ?

J’aime bien écouter de la musique, aller au ciné… Aller dans un bar et essayer de ne pas parler politique (rires)… C’est vrai que la politique me prend beaucoup de temps mais je n’ai pas le sentiment de passer à côté de ma jeunesse. Tous les jeunes ne passent pas tout leur temps libre à faire la fête ! Beaucoup s’épanouissent aussi parce qu’ils sont dans une asso, parce qu’ils s’investissent pour les autres. J’ai trouvé mon équilibre.