Affaire Troadec : Un psychiatre décrit « l'état de légitime défense paranoïaque » d'Hubert Caouissin

ASSISES Hubert Caouissin avait acquis la « certitude d’un danger de mort imminent les menaçant », lui et sa famille, a décrit un psychiatre, ce vendredi

20 Minutes avec AFP
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Portrait d'Hubert Caouissin, au premier jour de son procès
Portrait d'Hubert Caouissin, au premier jour de son procès — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec ont été tués dans la nuit du 16 au 17 février 2017 à Orvault.
  • Hubert Caouissin, 50 ans, est jugé pour meurtres et atteinte à l’intégrité de cadavres.

Il était convaincu d’avoir été spolié par ses victimes, et son discernement altéré par ce « délire paranoïaque ». Hubert Caouissin, accusé d’avoir tué et démembré quatre membres de sa belle-famille, était dans « un état de légitime défense paranoïaque », a expliqué un psychiatre vendredi, au neuvième jour du procès.

Cette spoliation, « ce n’est pas une idée, c’est une conviction » d’Hubert Caouissin, qui avait acquis la « certitude d’un danger de mort imminent les menaçant », lui, sa conjointe et tout particulièrement leur fils de huit ans, a expliqué le docteur Daniel Zagury devant la cour d’assises de Loire-Atlantique.

Une « ruée délirante vers l’or »

Des années avant le passage à l’acte, Hubert Caouissin s’était persuadé que son beau-frère Pascal Troadec avait dérobé des lingots d'or découverts dans un appartement familial, et s’était lancé dans une « ruée délirante vers l’or », se mettant « en quête de preuves tangibles » de l’existence du magot, a détaillé l’expert. Selon le Dr Zagury, qui est intervenu dans d’autres dossiers comme celui de Michel Fourniret ou de Céline Bourgeon, la mère de la petite Fiona, « le délire n’est pas l’erreur ».

« Quand bien même l’or serait quelque part (ce que l’enquête n’est pas parvenue à démontrer), cela ne contredit pas le fait qu’Hubert Caouissin soit délirant. » C’est ce « délire d’interprétation » qui « l’a contraint à se rendre au domicile » des victimes en février 2017, où il a tué Pascal et Brigitte Troadec et leurs enfants, Charlotte, 18 ans, et Sébastien, 21 ans, à coups de pied de biche. « Même avec le recul, il ne voit pas comment il aurait pu faire autrement », décrit le médecin, assurant que Hubert Caouissin est toujours en proie à ce délire qui lui permet de « survivre psychiquement ». « S’il perd son délire, il est confronté au désespoir absolu », a-t-il souligné.

Pas un déséquilibré psychopathe

Le Dr Zagury a décrit un patient très disert, ne montrant aucun signe de schizophrénie. « Il ne s’agit pas d’un déséquilibré psychopathe, il n’est pas habituellement dépourvu d’empathie, mais a une fragilité affective de base », a-t-il détaillé. Selon lui, ce type de délire correspond précisément aux « folies raisonnantes », décrites par les docteurs Sérieux et Capgras en 1909.

Concernant le démembrement des corps, l’expert a noté que « ce qui est particulier, c’est la durée, le nombre de corps, la façon dont il en parle et l’acharnement tout particulier qu’il a eu à faire disparaître » toute trace de ses crimes.

Le procès est prévu jusqu’au 9 juillet.