Une oasis pour chercheurs du monde

Frédéric Brenon Photos : J.-S. Evrard / 20 Minutes

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Depuis les ponts Aristide-Briand ou Willy-Brandt, au sud de Nantes, il interpelle à chaque fois les automobilistes qui franchissent la Loire. Certains sont étonnés par sa silhouette aérienne ou ses couleurs flashy, d'autres l'ont simplement vu grandir pendant plus de deux ans et demi et se demandent maintenant ce qu'il va s'y passer à l'intérieur. Peu de gens savent en fait que ce bâtiment érigé sur les ruines du stade Marcel-Saupin abrite depuis quelques jours le premier Institut d'études avancées (IEA) de France. Un IEA ? Késako ?

«Le concept est né aux Etats-Unis dans les années 1930, explique Alain Supiot, directeur de l'établissement. C'est un endroit où des chercheurs du monde entier se posent pour réfléchir, converser, confronter leurs connaissances. Ils vivent et travaillent sous le même toit. Ils se sont extraits de leurs obligations profesionnelles pendant un an pour se consacrer uniquement à leur projet. »

Quelques IEA existent déjà en Europe (Berlin, Budapest...) mais aucun sur le sol français. « Nous avions tenté d'en faire un à Paris, mais ça n'a pu aboutir, poursuit Alain Supiot. Si le projet nantais a pu se réaliser, c'est grâce à une forte volonté des collectivités locales. Du coup, Il a tellement plu au ministère de la Recherche que ce dernier a souhaité faire des émules. »

Trois autres IEA ouvriront ces prochaines à Marseille, Lyon et Paris. Celui de Nantes est consacré exclusivement aux sciences humaines et, plus spécifiquement aux relations Nord-Sud. Une vingtaine de chercheurs y résideront chaque année, les seize premiers viennent d'ailleurs d'arriver. Ils ont découvert une vingtaine de T2 à leur disposition, autant de bureaux, une bibliothèque avec un personnel formé aux demandes pointues, un amphithéâtre, une cafétéria, des salles de convivialité, des terrasses, etc. Les frais de fonctionnement sont à la charge de la Fondation IEA, structure d'utilité publique financée par Nantes métropole, l'Etat et quelques grosses entreprises (Veolia, Suez). C'est elle qui détermine la politique du lieu et sélectionne les candidats à la résidence.

« Cet institut donne toute de suite à Nantes une dimension internationale », se réjouit Jean-Marc Ayrault, président de Nantes Métropole. « Sa présence va profiter à l'université en facilitant les connexions avec de grands chercheurs et en la rendant plus attractive pour en recruter d'autres », estime son président, Yves Lecointe.

L'IEA n'occupera pas seul le bâtiment qui sera inauguré vendredi. Une moitié des locaux serviront en effet à accueillir la Maison des sciences de l'homme, en manque d'espace boulevard Gaston-Doumergue. A leur pied, en bord de Loire, une voie publique pavée, l'allée Jacques-Berque, a aussi été créée. L'ensemble de l'opération a coûté près de 14 millions d'euros. Les restes de l'ex-Saupin sont, eux, encore en travaux. A l'est, un ensemble immobilier de 5 800 m2 de bureaux assis sur cinq étages de parking est en construction. Au nord, la dernière tribune du stade achève sa réhabilitation. La pelouse devrait bientôt être replantée, les matchs sont attendus pour l'été. Enfin, à l'ouest, le long du canal, le projet est encore « inconnu ». Des commerces (dont une brasserie) et des logements sont envisagés. ■