Le Château en quête d'histoires

Antoine Gazeau

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Elle traîne quelque part dans les réserves du musée du Château des ducs de Bretagne. Bien rangée, sous plastique. C'est que cette petite marteline* est précieuse : déposée par un mosaïste italien formé à l'école de Spilimbergo et embauché par l'entreprise nantaise Jean-Cortina dans les années 1950, elle y avait été son premier outil. Une destinée personnelle et un pan de l'histoire nantaise réunies en un seul objet : exactement ce que cherche Agathe Konaté, en charge de l'exposition « Nantais venus d'ailleurs », prévue en octobre 2010.

Depuis des mois, la jeune femme chine. Son Graal : ces objets du quotidien qui racontent l'épopée d'étrangers débarqués un jour à Nantes. Une valise en carton, la casquette qu'une Vénézuélienne portait le jour où elle a rejoint son mari : tout l'intéresse, jusqu'aux symboles du rejet subi. « Le migrant ne perçoit pas toujours l'intérêt de ce qu'il possède. Ces objets sont parfois jetés. » Et de citer les mouvements ouvriers : « Il est facile de récolter des documents, moins des banderoles ou des casques d'époque. »

Le lien avec le territoire est important. « A Nantes, il n'y a jamais eu de grosses vagues migratoires, mais une immigration constante depuis quatre cents ans », rappelle l'historien Alain Croix, auteur du livre Nantais venus d'ailleurs. Autant d'histoires à raconter, autant d'objets qui s'en chargent... Comme la mallette à outils de ce maçon portugais : « Il a construit la première tour de Malakoff », raconte Agathe Konaté. Elle en dira plus demain, lors d'un topo consacré aux migrations à Nantes, à la médiathèque Jacques-Demy (16 h)**. ■* Marteau à bouts pointus utilisé en mosaïque.

** 24, quai de la Fosse.