Nantes : Après les enquêtes, l’opposition dénonce « l’opacité » du « système Rolland »

POLITIQUE L'équipe de Laurence Garnier tape sur la gestion de la Folle journée, du Voyage à Nantes et, plus globalement, des structures publiques subventionnées par la ville. L'entourage de Johanna Rolland s'indigne

Frédéric Brenon
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Le Carrousel des mondes marins, l'une des attractions des Machines de l'île et du Voyage à Nantes
Le Carrousel des mondes marins, l'une des attractions des Machines de l'île et du Voyage à Nantes — JD Billaud/ LVAN
  • La directrice de la Folle journée a dû démissionner pour des mouvements financiers illicites, tandis que le Voyage à Nantes a été perquisitionné dans le cadre d’une enquête sur le financement de l’Arbre aux hérons.
  • La droite nantaise pointe du doigt la responsabilité de Johanna Rolland et dénonce un « système » opaque.
  • La majorité se défend et s’indigne de ces « accusations politiciennes ».

Ils se disent « très préoccupés par les révélations de la fin de semaine dernière ». D’abord jeudi 11 mars, des perquisitions étaient effectuées dans les locaux du Voyage à Nantes dans le cadre d’une enquête judiciaire concernant le montage financier du Carrousel des mondes marins construit en 2012. Puis, le lendemain, la directrice de La Folle journée était contrainte de démissionner après la découverte de mouvements financiers illicites entre la société organisatrice du festival et l’ Espace Simone-de-Beauvoir qu’elle préside. Pour les élus du groupe d’opposition municipale Mieux vivre à Nantes, ce ne sont « pas seulement les directeurs de deux structures incontournables de la vie culturelle nantaise qui sont mis en cause », c’est « tout le système Rolland qui est à interroger ».

La droite nantaise pointent du doigt la responsabilité de la présidente de Nantes métropole sur les deux dossiers. « C’est Johanna Rolland qui a nommé Joëlle Kérivin [la directrice démissionnaire] en 2015 à la tête de la SAEM Folle Journée, une structure montée de toutes pièces par la mairie dans laquelle elle a placé des copains », fustige Laurence Garnier (LR), sénatrice et chef de file du groupe. « La métropole ne dit pas quelles sommes ont été détournées. Les Nantais ont le droit d’y voir clair. C’est notre rôle de demander des précisions », ajoute-t-elle.

« Le système Rolland, c’est l’opacité organisée »

Les élus de l’opposition, qui considèrent que la gestion du Voyage à Nantes « manque de transparence », « s’interrogent aussi beaucoup » sur celle de l'Institut d'études avancées (IEA), une fondation de recherche subventionnée par la ville de Nantes. « Son fonctionnement est opaque. Des audits ont été demandés mais refusés. C’est pour le moins inquiétant », prétend Julien Bainvel (LR), conseiller municipal. Il annonce que son groupe saisira la Chambre régionale des comptes​ sur ce dossier et lui « transmettra des éléments tangibles ».

Les élus Foulques Chombart de Lauwe, Julien Bainvel et Laurence Garnier.
Les élus Foulques Chombart de Lauwe, Julien Bainvel et Laurence Garnier. - F.Brenon/20Minutes

L’opposition demande également un « audit financier indépendant » des principales sociétés publiques subventionnées par la ville (IEA, Samoa, VAN, école des Beaux-arts, Nantes métropole aménagement…). « Les pratiques du système Rolland, c’est l’opacité organisée et la multiplication des structures dans le but de se maintenir au pouvoir, attaque Foulques Chombart de Lauwe (LR), autre conseiller municipal. Il y a peut-être des fautes individuelles mais Il y a aussi un entre-soi confortable de ceux qui sont aux manettes depuis 30 ans. »

Enfin, la droite nantaise réclame de suspendre le projet d’Arbre aux hérons en raison de l’enquête visant le Voyage à Nantes et les concepteurs des Machines de l’île. « Johanna Rolland a été extrêmement rapide pour stopper le projet de nouveau stade à partir du moment où une enquête financière visait Waldemar Kita. On demande d’appliquer la même mesure de précaution pour l’Arbre aux hérons. C’est une question de cohérence », justifie Laurence Garnier.

« Nauséabond, indigne et pathétique ! »

Le premier adjoint au maire de Nantes, Bassem Asseh (PS), a vivement réagi ce vendredi soir aux accusations de l’opposition municipale. « C’est nauséabond, indigne et pathétique ! L’opposition tente de jeter la suspicion sur l’ensemble des salariés des sociétés d’économie mixte (SEM) qui exercent des missions de service public. Sous couvert de transparence, elle colporte des mensonges inventés de toutes pièces dans un but strictement politicien.»

Au sujet de l'IEA, « établissement de recherche reconnu internationalement », Bassem Asseh indique qu’une « analyse financière de la direction régionale des finances publiques a été commandée par le préfet et la présidente de l’IEA et a été présentée aux membres du CA en toute transparence en janvier 2020 ». Concernant la Folle Journée, il rappelle que c’est la ville de Nantes qui a rendu publics les mouvements financiers suspects résultant d’une « faute individuelle ». La collectivité a également déposé plainte contre la directrice. Par ailleurs, concernant le Carrousel des mondes marins, Johanna Rolland n'était pas encore en maire en 2012 lors de sa construction.

« La municipalité agit avec éthique, transparence et respect des règles de droit. Ainsi, nous avons renforcé les mesures engagées dans le précédent mandat avec la création d’une Commission Éthique et transparence dont la présidence a été proposée à l’opposition, le recrutement d’un déontologue, l’adoption d’une charte de déontologie », conclut Bassem Asseh.