Loire-Atlantique : « Une grosse claque... » Malmené par la crise, le Curé nantais garde la foi

CONSOMMATION Le fromage à pâte molle produit à Pornic a vu sa croissance freinée subitement depuis un an. La fermeture des restaurants, notamment, le pénalise

Frédéric Brenon
— 
Pierre Gairot, responsable d'atelier à la fromagerie du Curé nantais.
Pierre Gairot, responsable d'atelier à la fromagerie du Curé nantais. — F.Brenon/20Minutes
  • Le Curé nantais est un fromage au lait cru de vache fabriqué à Pornic.
  • Il souffre fortement de la fermeture des restaurants. Et a été un temps mis de côté par la grande distribution.
  • Il espère rebondir en développant la vente hors des supermarchés.

C’est l’un des rares fromages emblématiques de la région Pays-de-la-Loire. Bien que peu connu au niveau national, le Curé nantais est incontournable en Loire-Atlantique et à Pornic en particulier, où il est fabriqué depuis les années 1980. Très prisé des restaurateurs et crémeries haut de gamme, ce fromage à pâte molle au lait cru de vache a vu sa production plus que doubler depuis dix ans. Mais cette croissance a été subitement stoppée avec la crise sanitaire.

Car après avoir produit près de 250 tonnes en 2019, la fromagerie de Pornic est parvenue à sortir à peine 150 tonnes l’an dernier. « Ça nous a mis une grosse claque. Si on n’était pas soutenu par un groupe, on aurait peut-être mis la clé sous la porte », reconnaît Pierre Gairot, responsable d’atelier de la fromagerie, propriété de Triballat Noyal (Sojasun, Vrai, Petit Billy…) depuis 1999.

Il faut dire que le Curé nantais a été fortement pénalisé par la fermeture des restaurants (40 % des ventes), problématique qui « n’est malheureusement pas résolue ». Il a aussi subi le changement de stratégie de la grande distribution, laquelle s’est recentrée il y a un an sur les produits à dominante industrielle. « La GMS représente d’ordinaire 30 % de nos ventes. Quand la crise est arrivée, elle a suspendu les contrats du jour au lendemain. Ça a été une catastrophe », raconte Pierre Gairot. La fromagerie s’est retrouvée avec « des milliers de fromages sur les bras », qu’elle n’avait d’autre choix que de brader, parfois en « faisant du porte à porte ».

Comme si cela ne suffisait pas, l’affinage en cave, dont le processus naturel s'est trouvé déréglé par l'arrêt de la production, a ralenti la reprise pendant plusieurs semaines, créant une pénurie. « On travaille sur de la matière vivante, c’est ce qui fait le charme et la complexité de ce métier », insiste Pierre Gairot.

Développer la vente directe et l'export

S’il aura « secoué » la vingtaine d’employés du site de Pornic, cet épisode a en tout cas « servi de leçon », assure son responsable. « On veut moins dépendre de la grande distribution et travailler davantage avec les plateformes Internet et fournisseurs régionaux. On espère également développer la vente directe. » « Il y a effectivement eu une période compliquée au printemps liée au contexte exceptionnel. Mais, par la suite, nous avons heureusement été soutenus par la grande distribution. C'était encore le cas récemment lors des négociations commerciales annuelles », précise Elise Guimont, responsable d'activité des fromages traditionnels au sein du groupe Triballat Noyal.

L’export pourrait aussi être renforcé à l'avenir. « Aujourd’hui on vend du Curé nantais en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Suède et même au Japon. C’est bien pour l’image de marque mais ce n’est pas très important en volumes », indique Pierre Gairot. Compte tenu du contexte, le projet d’extension de la fromagerie, envisagée pour permettre une hausse d’activité, est, lui, remis à plus tard.

Le Curé nantais est commercialisé sous trois formats : carré (son modèle originel), rond et large (pour la vente à la découpe). La légende raconte que sa recette a été inventée il y a près de 130 ans par un certain Pierre Hivert, habitant de Saint-Julien de-Concelles, sur les conseils d'un prêtre savoyard. Voilà peut-être pourquoi ce cousin du Maroilles et du Munster ressemble aussi beaucoup au Reblochon. Le lait est collecté chaque matin, aussitôt après la traite, auprès de six producteurs installés à Pornic et les environs. « Le Curé nantais fait partie intégrante de l’image de Pornic. C’est un ambassadeur de la ville, au même titre que la Fraiseraie. C’est aussi une belle histoire d’hommes », estime Patrick Prin, l’un des éleveurs partenaires.