Mourir de rire aujourd'hui pour mieux vivre demain

Guillaume Frouin

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Les zygomatiques, c'est pas automatique. Surtout quand on est atteint d'un cancer. Pourtant, un vendredi sur deux, une dizaine de malades viennent rire à gorge déployée dans les locaux de la Ligue contre le cancer, à Nantes, dans le quartier des Olivettes. Leur point commun ? L'atelier gratuit de « rigologie », animé depuis deux ans par Irène Phelippeau.

« Il y a cinq ans, j'ai eu un cancer du sein », raconte d'emblée cette femme de 37 ans. « Comme beaucoup, j'ai eu peur de mourir, de souffrir... Mais le fait de prendre la maladie avec humour m'a permis de l'accepter et de la faire accepter à mon entourage. » A l'époque commerçante avec son mari, Irène décide, une fois tirée d'affaire, de reprendre sa vie en main. Reconvertie en animatrice socioculturelle, elle découvre alors les vertus de la « rigologie », un néologisme inventé par l'Ecole française du rire, qui part du principe que « les gens heureux guérissent beaucoup plus vite que les gens tristes ». « De nos jours, on a trop tendance à se recroqueviller sur soi-même. Il faut se lâcher !, martèle Irène. Le rire permet, par exemple, de lutter contre le stress, d'avoir une sexualité épanouïe, ou de réduire les problèmes de digestion. »

Au deuxième étage de l'immeuble des Olivettes, le message est bien reçu. Durant quatre-vingt-dix minutes, entrecoupées de musique et de fous rires, on grimace allègrement, on frotte le dos du voisin énergiquement ou on minaude « à la manière de la Schtroumpfette ». La séance de rigologie se termine par un exercice sur un tapis de sol, moment durant lequel Irène invite son monde à inspirer profondément et à « laisser la part de soleil entrer dans les moindres recoins du corps, pour que la lumière prenne le pas sur la part d'ombre ».

« Cela permet de décharger son petit fardeau, souffle Stéphanie, une commerciale de 35 ans, qui habite Saint-Sébastien-sur-Loire. Autour de nous, tout le monde n'est pas prêt à entendre parler du cancer, car cela renvoie chacun à la peur de la maladie et de la mort. Du coup, on garde tout pour nous. Aujourd'hui, je me sens vidée, légère et heureuse. »

« L'atelier, ça nous apporte la paix et la sérénité, acquiesce Christelle, 36 ans, responsable qualité dans une société de négoce. Nos proches, qui ont peur de perdre quelqu'un qu'ils aiment, sont parfois plus en souffrance que nous-mêmes. Cela nous oblige à devoir porter un masque vis-à-vis de l'extérieur. » ■