« Le plaisir de l'équilibre »

Recueilli par David Prochasson

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D'où vient l'envie d'associer l'art du funambule à la danse ou à la musique ?

D'une rencontre amoureuse. J'ai découvert le fil avec ma compagne, Agathe Olivier, alors que je faisais de la cascade burlesque. D'ordinaire, c'est une discipline solitaire. A deux, on a voulu créer une énergie, un partage. La fragilité d'un fil, c'est de la poésie. On peut y mettre plein d'autres choses qu'une performance.

Dans quelle mesure Le Fil sous la neige est autobiographique ?

En prologue, je témoigne de mon accident : il y a neuf ans, je me suis cogné au fond de l'eau, en plongeant. Des épaules aux pieds, je ne sentais plus mon corps. Le Fil sous la neige part de ce drame, c'était important pour moi de le transcender. Le fond de ma personnalité s'exprime mais le spectacle s'attache à des émotions universelles.

Pourquoi ce titre ?

En référence à un texte de Maxence Firmin, Neige. L'auteur évoque le handicap et la transmission à travers un jeune poète inspiré par la neige. Il veut apprendre la couleur, on lui recommande un maître de la peinture aveugle.

La littérature vous inspire ?

Je cherche toujours des sources littéraires. Avant de travailler l'écriture, je lis un livre avec les funambules et musiciens. Chacun avec sa sensibilité propose des mots. Et improvise autour. Il se passe des choses. A moi de les voir et de développer.

Que ressent-on sur un fil ?

Le plaisir de maîtriser son équilibre. De manière simple, un enfant a les mêmes sensations lorsqu'il enlève les roulettes de son vélo. L'équilibre, c'est aussi une image forte par rapport à la vie. C'est ce que chacun recherche.