Nantes : Ces initiatives d'habitants pour faire face à l’insécurité du quotidien

VIOLENCES A Nantes, des habitants se forment, s'équipent ou s'organisent pour tenter de faire face à l'insécurité

Julie Urbach

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Illustration d'un cambriolage
Illustration d'un cambriolage — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA
  • Des Nantais essayent de s'organiser pour répondre par eux-même au sentiment d'insécurité qu'ils éprouvent.
  • Cours de self-défense, collectifs de quartier, équipements... les initiatives émergent.

Son agression remonte à plusieurs mois mais Nadège s’en souvient comme si c’était hier. « J’arrivais chez moi, quartier Mellinet, et il a tenté de me plaquer contre le mur. Là je lui ai mis mon avant-bras dans la gorge, et je me suis enfuie. Je me suis toujours entraînée en me disant que le risque d’agression existait. Que ça arriverait. » Comme cette passionnée d’arts martiaux de 33 ans, et malgré des chiffres de la délinquance en baisse, un certain nombre de Nantais ont été victimes de vol ou de violences, ou vivent avec cette crainte. A tel point que le sujet, qui fait partie des « priorités » de la maire et s’invite fréquemment dans les discussions et les médias, pousse certains à réagir pour tenter d’y faire face.

Johann Mau, formateur en self-défense, a vu arriver un nouveau public ces quatre dernières années : « Ce sont des gens souvent jeunes, à qui c’est arrivé et qui veulent savoir comment réagir si ça se reproduit, raconte-t-il. Comme cette jeune femme qui s’est fait arracher son collier par exemple. Elle m’a demandé quelques cours particuliers. J’apprends comment se libérer d’un étranglement mais surtout à développer la vigilance, anticiper les agressions. Le but n’est pas de les transformer en guerriers, mais de travailler sur la confiance. »

« Vouloir se prémunir »

Pour certains, se rassurer rime avec s’équiper. Quand on aborde le sujet, il n’est pas rare d’entendre parler d’« un pic à cheveux dans le sac » ou de cette technique qui consiste à « garder une clé dans une main, le tout dans la poche, quand on rentre seule le soir ». Des accessoires détournés de leur première utilité alors qu’un autre dispositif suscite l’engouement : le porte-clé alarme, distribué par l’association Sécurité nocturne Nantes, qui s’est déjà écoulé à plusieurs milliers d’exemplaires.

« De plus en plus de gens s’intéressent aux bombes lacrymogènes mais la législation est très stricte, observe Cyril, porte-parole de l’association. Le porte-clés a l’avantage de ne pas être intrusif, d’être discret, et facile à utiliser : il suffit d’appuyer pour déclencher une alarme très très puissante (140 DB). L’objectif est de surprendre l’agresseur mais aussi de prévenir les passants, les commerçants autour de soi. Ça n’évitera pas le pire mais ça répond à une tendance de vouloir se prémunir contre les violences. »

« Agissez avant que ça ne dérape ! »

Voilà aussi ce qui a poussé tout un quartier de Rezé à s’organiser, alors que de plus en plus de collectifs d’habitants se constituent dans les quartiers, sur les réseaux sociaux ou de façon plus informelle. Après que des cambriolages en chaîne ont touché une trentaine de leurs maisons, ces riverains de la Trocardière sont passés à l’action. Un groupe Whatsapp s’est constitué afin de signaler tout déplacement suspect. « Dès que l’un de nous poste un message, les voisins sortent immédiatement devant chez eux, raconte Vincent, l’un d’entre eux. Un soir à 00h30, on était dix dehors après que deux personnes ont été aperçues en train de rôder autour des voitures. On montre que l’on est là, que l’on protège notre quartier. C’est aussi un moyen de dire aux autorités : agissez avant que ça ne dérape ! »

Car ces initiatives, parmi d’autres, vise aussi à pointer du doigt l’action de la police ou des municipalités, souvent jugée insuffisante. Dans le dernier cas, la pression des riverains a permis de « nouer un dialogue avec la mairie de Rezé », alors qu’un débat citoyen sur la police municipale doit être lancé. A Bouguenais, à Vertou ou aux Sorinières, des dispositifs de « citoyens référents » ont été mis en œuvre pour renforcer le lien entre autorités et habitants.

A Nantes, la mairie envisage de lancer un appel à projets auprès du grand public, tandis que le recrutement d’agents municipaux supplémentaires est en cours. La nouvelle police métropolitaine des transports vient aussi de débuter ses patrouilles.

De son côté, le procureur de la République, Pierre Sennès, a promis un « renforcement de la justice de proximité », pour répondre à « aux préoccupations des citoyens dans leur qualité de vie au quotidien. »