Nantes : Exposer des artistes inconnus, le pari osé de la Galerie des oubliés

ART La galerie nantaise, qui ouvre ses portes ce jeudi, souhaite mettre en lumière des artistes qui n'ont pas récolté le succès qu’ils auraient mérité

Julie Urbach

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Léopold Cottineau, 24 ans, est à la tête de la Galerie des oubliés à Nantes
Léopold Cottineau, 24 ans, est à la tête de la Galerie des oubliés à Nantes — Galerie des oubliés
  • La Galerie des oubliés ouvre ses portes au public ce jeudi à Nantes, en pleine crise sanitaire.
  • Son créateur, Léopold Cottineau, 24 ans, y expose des artistes « qui ont parfois peint dans l’ombre toute leur vie ».

A l’heure où l’on parle d’un nouveau confinement et que certains commerçants doivent mettre la clé sous la porte, lui se prépare à ouvrir la sienne au grand public. A 24 ans et en pleine crise sanitaire, Léopold Cottineau ne semble pas stressé d’inaugurer, ce jeudi près du cour Cambronne à Nantes, sa propre galerie d’art (autorisée à ouvrir contrairement aux musées). Il faut dire que le jeune homme croit fort en son concept, « qui n’existe nulle part ailleurs » : à la Galerie des oubliés, pas de grande signature mais uniquement des œuvres d’inconnus du siècle dernier, qui n’ont pas récolté le succès qu’ils auraient mérité.

« Certains artistes, timides ou introvertis, n’ont pas su diffuser leur talent en raison de leur personnalité, observe Léopold Cottineau. Il y a aussi les effets de mode, qui peuvent parfois empêcher cette rencontre avec le public. » Séduisante bien qu’à contre-courant, l’idée a germé chez ce petit-fils de collectionneurs à force de visites d’ateliers avec sa mère, peintre. « C’est toujours très émouvant car il y a trésors, des tableaux qui ne bougent pas pendant des dizaines d’années puis qui sont dispersés lors de la succession. J’avais envie de montrer ces artistes-là, ces gens qui ont parfois peint dans l’ombre toute leur vie, sans jamais être influencés. C’est en cette liberté qu’ils sont intéressants. »

« Le propre d’un tableau, c’est d’être vu »

Sur les murs de la petite galerie, une vingtaine de toiles de Menachem Gueffen sont à observer, voire à acheter. Ce premier « oublié » porte bien son nom puisque si un musée américain lui a commandé plusieurs tableaux, ceux-ci ont vite rejoint les réserves et ne les ont plus jamais quittées. Quant aux portraits de femmes colorés visibles jusqu’à fin mars, ils ont été exposés à Londres dans les années 60 avant de reposer, depuis, dans une cave. Jusqu’à ce que la veuve de l’artiste n’accepte de les confier à la galerie nantaise.

Grâce à ses connaissances ou aux familles qui le contactent, le jeune galeriste a déjà sélectionné, « sur des critères objectifs et subjectifs », sept autres artistes qui seront mis à l’honneur ces prochains mois. Contrairement à Menachem Gueffen, certains le seront sans jamais vraiment l’avoir demandé de leur vivant, comme Pierre Jourda, cet « enseignant aux mille tableaux cachés » qui « ne montrait son travail qu’à ses amis proches », indique le site de la galerie. « Mais il les signait, ce qui démontre une envie de s’inscrire dans une certaine postérité, indique Léopold Cottineau. Le propre d’un tableau, c’est d’être vu. C’est le regard que l’on porte sur lui qui fait qu’il existe. »

A terme, l’objectif de la Galerie des oubliés est d’attirer l’intérêt des musées dans l’espoir d’être, un jour, à l’origine de véritables révélations. En attendant, elle assume le risque que l’initiative reste confidentielle : « La démarche est avant tout guidée par une forme d’intimité, estime Léopold Cottineau. Mais les gens ont besoin de beau en ce moment, ils ne doivent pas hésiter à pousser la porte. »

La Galerie des oubliés, 2 rue de Bréa à Nantes. Entrée libre de mercredi à samedi.