Nantes : La centralité des futures lignes de tramway pointée du doigt lors de la concertation

TRANSPORTS De nombreux contributeurs reprochent au projet présenté d'être concentré sur l'île de Nantes et d'apporter peu de dessertes nouvelles

Frédéric Brenon et Julie Urbach

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Les nouvelles lignes de tramway s'appelleront 6, 7 et 8.
Les nouvelles lignes de tramway s'appelleront 6, 7 et 8. — Nantes métropole
  • La concertation publique concernant l’avenir du tramway s’est achevée dimanche.
  • Près de 900 contributions diverses ont été recueillies en quatre mois.
  • Le tracé des trois futures lignes de tramway (livraison 2026) est jugé trop central par de nombreux contributeurs.

Il paraissait ficelé, calibré pour les besoins de desserte du nouveau CHU sur l’île de Nantes. Pour autant, force est de constater que le tracé des futures lignes de tramway a recueilli de multiples critiques lors de la concertation publique portant sur l’avenir du tramway, laquelle s’est achevée dimanche soir. Un peu plus de 770 contributions individuelles et près de 90 cahiers d’acteurs ont été déposés durant les quatre mois du débat.

De nombreux avis pointent du doigt « l’hyper centralité » des trois futures lignes (lignes 6, 7 et 8) positionnées sur l’île de Nantes. Toutes trois partiront de Rezé (Basse-île) et traverseront le pont des Trois-Continents. Deux se raccorderont au quai de la Fosse pour rejoindre l’actuel tracé de la ligne 1, tandis que la troisième (ligne 8) poursuivra un peu plus à l’est au-delà de Mangin.

« Le projet n'est pas pensé à l'échelle de la métropole »

« Vouloir renforcer un réseau en étoile imposant de transiter obligatoirement par le centre ne me paraît pas judicieux compte tenu de l’encombrement déjà existant. Pourquoi ne pas entreprendre un réseau périphérique ? » s’interroge, par exemple, Jean-Pierre. Sylvain considère que le projet actuel est un « non-sens » et plaide, lui aussi, pour un « réseau maillé » plutôt que cet « investissement massif pour doubler des lignes existantes ». « Ce projet ne connecte aucune nouvelle ville au réseau de tram, reproche Maxime. Il se concentre sur le maillage du centre-ville et n’apporte pas de solution aux nombreuses communes mal desservies par le réseau, notamment les communes au sud de la Loire et au nord-est. »

« Il n’y a pas que Nantes, Rezé et Saint-Herblain dans Nantes métropole… 24 communes si je ne me trompe pas et seulement 7 qui sont desservies par le tram ! », ajoute Vincent. « Nantes ne doit pas phagocyter l’aménagement », confirme Eric. « Tout est concentré sur le CHU ! » s’étonne Michel. « Le projet reste intra-urbain et ne concerne que les Nantais, râle Laure. Il n'est absolument pas pensé à l échelle de la métropole et en fonction des souffrances des usagers qui chaque jour galèrent à rentrer dans le centre de Nantes. Les responsables du projet prennent-ils le périphérique aux heures de pointe ? Doivent-ils changer trois fois de bus/tram pour rejoindre leur lieu de travail ? ».

Les futures lignes 6 et 7 franchiraient le pont Anne-de-Bretagne.
Les futures lignes 6 et 7 franchiraient le pont Anne-de-Bretagne. - F.Brenon/20Minutes

Les contributeurs reprochent également des doublons peu judicieux, notamment sur le tracé de l’actuelle ligne 1. « La circulation quai de la Fosse déjà très difficile deviendra impossible », craint Elisabeth. « Les lignes 6 et 7 emprunteront les voies de la ligne 1, la ligne la plus utilisée du réseau. Autrement dit, ces deux nouvelles lignes n’apporteront aucune solution à la surcharge du réseau », s’inquiète Maxime.

A la place du projet présenté, les contributeurs critiques préféreraient des « connexions entre communes », « une ligne de busway périphérique », des nouvelles lignes étendues jusqu’à Carquefou, Bouguenais, Orvault, dans le « bourg de Rezé » ou « à Chantenay »… Des solutions qui semblent nécessiter, souvent, la construction d’un « autre pont urbain » au-dessus de la Loire, ou d’une « passerelle pour le tram », voire d’un « téléphérique, comme à Brest ».

« Le dialogue citoyen ne doit pas virer au dialogue de sourds »

Dans l’opposition métropolitaine, on ne mâche pas non plus ses mots. « Cette hypercentralité, c’est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire aujourd’hui, estime Laurence Garnier, cheffe de file des élus de la droite et du centre. C’est un projet du passé, porté par ce projet d’implantation absurde du CHU sur l’île de Nantes. » Le groupe a lui aussi rédigé une contribution pour prendre part au débat.

Y est notamment pointé du doigt le doublement du pont Anne-de-Bretagne, une « aberration environnementale et économique ». « Nous proposons de ne pas toucher à ce pont, de ne pas faire passer ces lignes de tram dans ce qui est déjà un point noir, annonce Julien Bainvel. Avec les 100 millions d’euros d’économie obtenus, nous souhaitons étendre le réseau entre les communes de la métropole ». La droite propose aussi, comme d’autres, un nouveau franchissement de Loire entre la pointe ouest de l’île de Nantes et le Bas-Chantenay. Réservé aux mobilités douces, ce pont permettait une extension de la ligne 5. « Le fameux dialogue citoyen que l’on nous promet ne doit pas virer au dialogue de sourds », lance Laurence Garnier, qui appelle la métropole à revoir sa copie.

« Tout ce qui sera exprimé sera pris en considération », assurait Nantes métropole au démarrage de la concertation. Les contributions recueillies seront synthétisées par la commission nationale du débat public. Charge ensuite aux élus de Nantes métropole d’en tirer les conséquences, en tenant compte, évidemment, des capacités financières de la collectivité. Leurs décisions pourraient être soumises au vote lors d’un conseil métropolitain « au printemps 2021 ».