Nantes : « Je suis surpris du niveau de délinquance sur ce territoire », confie le préfet Didier Martin

INTERVIEW Après le meurtre d'un ado aux Dervallières, Didier Martin, le préfet de Loire-Atlantique, pointe du doigt le niveau préoccupant de la consommation de produits stupéfiants et d'alcool dans la métropole nantaise

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Didier Martin, nouveau préfet de Loire-Atlantique et de la région Pays-de-la-Loire, le 24 août 2020.
Didier Martin, nouveau préfet de Loire-Atlantique et de la région Pays-de-la-Loire, le 24 août 2020. — L.Venance/AFP
  • « Je voudrais dire aux habitants que l’Etat ne les abandonne pas », promet le préfet de la Loire-Atlantique, dans une interview accordée à 20 Minutes.
  • Après les fusillades et la mort d'un ado, il estime que « les consommateurs de drogue sont complices de ce genre de drames ».
  • « Je serai amené à prendre des initiatives après la crise sanitaire », annonce aussi Didier Martin.

Après un exercice 2020 déjà marqué par de nombreuses problématiques de sécurité​ dans la métropole nantaise, l’année 2021 ne pouvait pas plus mal commencer : de nouvelles fusillades ont secoué les quartiers nantais et un adolescent vient d’être tué aux Dervallières. Nommé il y a à peine six mois, le préfet de Loire-Atlantique, Didier Martin, réagit et promet des mesures. Entretien.

Un adolescent de 15 ans est décédé mercredi, victime de tirs d’arme à feu au pied d’un immeuble des Dervallières. Quelle est votre réaction ?

Je suis profondément choqué et attristé par ce qui s’est passé. Je suis également en colère. Je voudrais dire aux habitants, de ce quartier comme d’autres, que l’Etat ne les abandonne pas. Ce quartier des Dervallières été identifié par l’Etat il y a maintenant deux ans pour être un quartier de reconquête républicaine, justement parce que le diagnostic a été fait qu’il y a des trafics de stupéfiants qui sont enkystés. Il fait l’objet d’un travail de fond, discret. Les effectifs de la police font un travail dangereux pour eux-mêmes pour faire tomber progressivement les différents réseaux, pour construire des dossiers solides qui permettront à la justice de prononcer des sanctions lourdes. Les habitants ne sont pas oubliés.

Il y a donc un lien direct entre les trafics de drogue et la mort de cet adolescent ?

Ce sera à l’enquête judiciaire de le prouver. Mais, manifestement, chacun peut constater qu’il y a des rivalités entre réseaux de stupéfiants pour se partager le territoire et les bénéfices qui vont avec. Vraisemblablement l’enquête montrera que ce drame n’est pas sans lien avec les guerres dans le quartier.

Vous dites que l’Etat mène un travail de fond mais les habitants ont déjà entendu ça par le passé. Beaucoup sont résignés et ont le sentiment que les pouvoirs publics sont impuissants face aux trafiquants…

C’est un travail qui prend du temps, j’en ai conscience, mais il porte ses fruits. Il y a régulièrement des réseaux qui tombent. D’ailleurs les spécialistes considèrent que, quand il y a des guerres entre réseaux, c’est que le travail de fond des forces de l’ordre et de la justice a permis de rebattre les cartes : certains réseaux ayant été démantelés, d’autres cherchent à en profiter. C’est la raison pour laquelle il y aurait eu un certain nombre de fusillades ces dernières années dans les quartiers de Nantes. Ces criminels, ces dealeurs, sont des marchands de mort.

« Il n’y a pas de fatalité à ce que le territoire s’ancre dans la violence »

Les consommateurs de drogue sont-ils aussi responsables ?

Bien sûr. Je ne suis pas sûr que tous ont conscience de tout ce qu’il y a derrière ces stupéfiants qu’ils vont acheter, tous ces réseaux criminels, toute la misère, toute la mort qu’il peut y avoir sur le parcours de ces produits qui ont parfois traversé des continents pour arriver jusqu’à eux. Les clients doivent avoir en tête que, directement ou indirectement, ils sont les complices de ce genre de drames et probablement de celui intervenu cette semaine aux Dervallières.

Il n’y a pas que les quartiers populaires qui inquiètent. Les actes de délinquance préoccupent également en centre-ville, les cambriolages sont fréquents en périphérie… Y a-t-il un problème de sécurité particulier à la métropole nantaise ?

Depuis mon arrivée, je suis effectivement surpris du niveau de délinquance que je constate sur ce territoire. Je suis en particulier frappé, ici plus qu’ailleurs en France, par l’hyperconsommation d’alcool et de produits stupéfiants qui sont quand même derrière la plupart, si ce n’est la quasi-totalité, des faits de délinquance constatés. Les acteurs locaux ont déjà conscience de ces sujets mais il y a à l’évidence moyen d’aller plus loin que ce qu’on a fait jusque-là, en matière de prévention notamment. L’alcool est trop souvent présent que ce soit chez les coupables mais aussi chez les victimes qui ne sont plus en capacité de se défendre. Ce sera l’une des priorités en 2021.

Il y a aussi le sujet des manifestations à Nantes, souvent ternies par des violences et des affrontements avec les forces de l’ordre. C’était encore le cas en décembre…

Je dois dire que je n’avais pas connu ce niveau de violences dans d’autres territoires en France. Et pourtant j’ai pas mal roulé ma bosse, avec une vingtaine de départements à mon compteur. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas une fatalité. Il y a un travail particulier à conduire pour enrayer cette violence qui n’est d’ailleurs pas sans lien avec l’hyperconsommation d’alcool et la consommation de produits stupéfiants que je viens d’évoquer.

Ça fait beaucoup de chantiers. Obtiendrez-vous des résultats en 2021 ?

Je ne serai pas aux responsabilités si je n’étais pas confiant. Il y a du travail, c’est vrai, mais les forces de l’ordre sont motivées, tout comme les autorités judiciaires. Je le répète, il n’y a pas de fatalité à ce que le territoire s’ancre dans la violence. Le contexte sanitaire complique un peu les choses mais je serai amené à prendre des initiatives après la crise. Il y a beaucoup d’acteurs locaux qui m’ont fait savoir qu’ils sont prêts à travailler avec l’Etat sur cette question d’intérêt général.