Nantes : « Ça nous pourrit la vie », les habitants des Dervallières éprouvés après la fusillade mortelle

REPORTAGE Un ado de 15 ans a succombé à ses blessures, ce mercredi midi, au surlendemain d'une nouvelle fusillade survenue aux Dervallières à Nantes

Julie Urbach

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Quartier des Dervallières à Nantes, le 13 janvier 2021
Quartier des Dervallières à Nantes, le 13 janvier 2021 — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Le garçon blessé lundi soir lors d'une fusillade n'a pas survécu à ses blessures.
  • Un nouvel épisode de violences qui fait partie du quotidien des habitants du quartier des Dervallières, sujet aux trafics de stupéfiants.

Un groupe d’ados sort du supermarché Aldi alors que deux femmes patientent sur le parking, devant l’étal du primeur. Ce mercredi matin, il n’y a pas foule mais la vie a repris son cours sur la place des Dervallières. Pourtant, certains habitants racontent préférer contourner cet endroit central de ce quartier populaire à l’ouest de Nantes. « J’évite d’y passer, je ne veux pas croiser les jeunes qui font leur trafic, confie Nadine, 60 ans. On entend des détonations, toujours plein d’histoires, et je tiens à ma sécurité. La situation se dégrade d’années en années, regardez ce qu’il s’est passé ces derniers jours… »

Lundi soir, à quelques mètres de là, une nouvelle fusillade a éclaté au pied des immeubles de la rue Edmond-Bertreux. Dans des circonstances encore floues, deux personnes ont été blessées, dont un adolescent de 15 ans très grièvement, à l’œil et à la carotide. Transporté au CHU de Nantes dans un état critique, ce jeune homme qui vivait dans le quartier avec sa famille depuis environ deux ans est finalement décédé ce mercredi.

Cage d’escalier squattée

Début janvier, déjà, des coups de feu avaient retenti à cette adresse, sans faire de blessés, quelques semaines après que la police a démantelé un gros point de deal, saisissant des armes et plus de 20.000 euros en espèces. Mais le trafic avait, semble-t-il, repris. Fin 2019, un jeune homme de 22 ans avait déjà trouvé la mort dans un règlement de compte devant l’entrée d’un immeuble de la rue Nicolas-Poussin, à 500m du drame de lundi.

Tous les habitants rencontrés, résignés parfois, inquiets souvent, font le lien entre violence et drogue, qui s’immiscent dans leur quotidien jusqu’à le rendre invivable. « L’autre jour, ma fille est venue me rendre visite et un jeune l’a agressé verbalement car elle avait garé sa voiture trop près de l’entrée selon lui, raconte Nadine. J’habite ici depuis 32 ans, on a toujours fait comme ça et maintenant il faudrait changer ! » « Pendant quatre ans, ma cage d’escalier a été squattée par des dealers, je peux vous dire que ça pourrit la vie, poursuit Anne, 50 ans. Des allers et venues incessants, des détériorations, et des plaintes aux bailleurs sociaux, sans que personne ne bouge ! »

Las, cette femme a fini par déménager, à quelques immeubles de là. « Mais je suis attachée aux Dervallières, je ne quitterai pas mon quartier ! Même si je demande à mon fils de ne plus traîner autour du « Building » [l’imposante barre d’immeubles violets] »

La police arrive « une fois que le mal est fait »

Mardi soir, les autorités se sont réunies en urgence. Un plan d’actions et de réhabilitation à 28 millions d'euros a été affecté à ce quartier de 5.000 habitants, il y a quelques années, mais force est de constater que la situation peine encore à évoluer. L’adjoint de quartier à la mairie de Nantes, Ali Rebouh, dit comprendre l’impatience des habitants. « Il va falloir se retrousser les manches pour ces familles dont certaines sont en détresse, à bout, indique-t-il à 20 Minutes. En premier lieu, il faut réaménager certains halls pour limiter les intrusions. Ville, bailleur, police nationale, tout le monde doit se mettre autour de la table. »

« Le problème avec la police, c’est qu’elle arrive une fois que le mal est fait, lance une habitante, rencontrée devant l’ancien pôle commercial, calciné lors de violences urbaines en 2018. Il faudrait des fourgons de CRS plus régulièrement, et pas uniquement le soir du Nouvel an. » Beaucoup plaident aussi pour un renforcement des médiateurs. « Il fut un temps où ils venaient dans les immeubles, allumaient les lumières dans les étages pour vérifier que tout allait bien, avance un homme. C’est dommage qu’on ne les voit plus, c’est toute la solidarité qui fait les Dervallières qui risque de disparaître. »