Nantes : Les tirs de feux d’artifice se multiplient, le préfet prend des mesures

MODE DANGEREUSE Les feux d'artifice sauvages explosent dans toute l'agglomération nantaise depuis un mois. Ils visent parfois directement des policiers

Frédéric Brenon

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Des feux d'artifice (illustration).
Des feux d'artifice (illustration). — M.Allili/Sipa
  • Le préfet de Loire-Atlantique interdit la vente, l’usage et le transport de feux d’artifice jusqu’au 3 janvier.
  • Il espère ainsi mettre un terme à la mode des feux d’artifice tirés par des particuliers.
  • Le phénomène inquiète les policiers, parfois pris à partie.

Trop c’est trop. Face à la recrudescence des feux d’artifice tirés par des particuliers dans différents quartiers de l’agglomération nantaise ces dernières semaines, le préfet de Loire-Atlantique a décidé de prendre des mesures. A partir de ce mardi et jusqu’au 3 janvier, l’usage, la vente et le transport d’artifice de divertissement et d’engins pyrotechniques, quelle qu’en soit la catégorie, sont donc strictement interdits dans tout le département (sauf aux professionnels). Les contrevenants seront poursuivis pénalement.

Le préfet Didier Martin justifie son arrêté d’interdiction par « les dangers, les accidents et les atteintes graves qui peuvent résulter de l’utilisation inconsidérée d’artifices », par des « nuisances sonores », ou par les « précautions particulières imposées en milieu densément urbanisé ».

Utilisés contre les forces de l’ordre

Mais le préfet pointe surtout du doigt « l’utilisation régulière de mortiers d’artifice à l’encontre des forces de l’ordre ». Il faut dire que les agressions par ce type de projections émises à hauteur d’homme, généralement à l’aide d’un grand tube en carton, se sont multipliées. Elles ont été relevées récemment quartiers Bottière, Bellevue et, en fin de semaine dernière, à Malakoff. Un policier a d’ailleurs été brûlé à la jambe cette fois-ci.

« C’est un sujet de préoccupation car il pose clairement des problèmes de sécurité publique et de danger pour les policiers qui interviennent. Ils peuvent être gravement blessés », explique la commissaire Mathilde Lechauve, cheffe de la Sûreté départementale. Les artifices font désormais partie des objets qui « sont systématiquement recherchés lors des opérations de police dans les quartiers », dans les parties communes d’immeuble en particulier, explique-t-elle. Ces tirs de mortier seraient toutefois aussi « la preuve que la police est présente sur ces quartiers et qu’elle dérange » les trafiquants, estime Mathilde Lechauve.

L’adjoint au maire de Nantes en charge de la sécurité fait la même lecture. « Ces mortiers d’artifice sont très probablement des réactions de gens qui n’acceptent pas que la police réinvestisse le territoire des quartiers », confirme Pascal Bolo (PS).

Des détonations, un peu partout

S’il est difficile de cerner précisément les motivations de leurs auteurs, les feux d’artifice ne passent, en tout cas, pas inaperçus. Ils ont été signalés dans de nombreuses rues nantaises depuis un mois, mais aussi à Saint-Herblain, Rezé, Bouguenais, Carquefou… Sur les réseaux sociaux, les habitants s’étonnent ou y voient une réaction au confinement. « Mais en fait c’est dans tous les quartiers », constate un Nantais sur Twitter. « Ça dure jusqu’à 1h du matin », relève un autre. Plusieurs se plaignent du bruit puissant, voire inquiétant, en pleine nuit. « C’est infernal les détonations tous les soirs », raconte l’un d’entre eux. « C’est bon, stop, on a compris maintenant », réclame un autre utilisateur de Twitter.

Le phénomène n’est pas local puisque d’autres grandes villes (Rennes, Angers, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Châteauroux…) sont aussi concernées, souvent dans une moindre mesure.

En parallèle, afin de freiner l’usage d’engins incendiaires (les fameux cocktails Molotov) dans la perspective des prochaines manifestations ou des fêtes de fin d’année, le préfet de Loire-Atlantique a également interdit jusqu’au 3 janvier le transport de carburant et sa vente au détail.