Nantes : Stéphan Muntaner, l’affichiste des Machines de l’île (et bien plus que ça)

TRAIT POR-TRAIT « 20 Minutes » s’intéresse aux dessinateurs, illustratrices ou affichistes dont l’œuvre s’ancre dans un territoire. A Nantes, Stéphan Muntaner est l'auteur des affiches des Machines de l'île

Frédéric Brenon

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Stéphan Muntaner, illustrateur et affichiste des Machines de l'île.
Stéphan Muntaner, illustrateur et affichiste des Machines de l'île. — S.Muntaner - montage 20Minutes
  • Dans la série Trait Por-Trait20 Minutes suit le trait de crayon de onze dessinatrices, illustrateurs ou bédéastes dont l’œuvre s'ancre dans un territoire.
  • Stéphan Muntaner, 50 ans, est l'auteur des emblématiques affiches des Machines de l'île.
  • Installé à Marseille, ce touche-à-tout est attiré par de multiples projets.

Sa 53ème affiche, sa toute dernière, celle de « Noël aux Nefs 2020 », était prête. Elle restera finalement au placard en raison de l’annulation de l’événement festif, consécutive à la crise sanitaire. Qu’importe, les créations graphiques de Stéphan Muntaner, l’affichiste officiel des Machines de l’île, devraient une nouvelle fois s’offrir à la pelle au moment de Noël. Depuis l’ouverture du site touristique et culturel nantais il y a 13 ans, elles se sont en effet écoulées à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. « J’en ai même vu une dans un hôtel au Canada ! C’est super chouette. Le but ultime d’un travail de création, c’est que le public se l’approprie. Donc, forcément, c’est très valorisant », apprécie, sans fanfaronner, l’intéressé, 51 ans le mois prochain.

« Le nombre d’affiches qu’il y a chez les Nantais, dans les salons, dans les bureaux, c’est absolument incroyable, s’enthousiasme Pierre Oréfice, le directeur des Machines de l’île. Les dessins de Stéphan sont devenus un vrai média dans la ville. Il a sublimé ce récit des Machines en lui donnant sa propre interprétation. Et aujourd’hui son imaginaire fait partie intégrante de l’identité du site. »

De Marseille à l’île de Nantes

S’il revendique s’inspirer un peu de l’univers de Jules Verne, c’est bien depuis Marseille, sa ville de toujours, à 900 km de l’île de Nantes, que Stéphan Muntaner élabore ses illustrations. C’est aussi là-bas qu’il rencontra Pierre Oréfice en 2002. « Le feeling est très bien passé. Pierre m’a recontacté cinq ans plus tard pour me proposer de travailler avec eux sur le projet des Machines. Depuis, je fais entièrement partie de l’aventure, en qualité de coauteur. C’est d’ailleurs une singularité. »

Des affiches des Machines de l'île signées Stéphan Muntaner.
Des affiches des Machines de l'île signées Stéphan Muntaner. - J.Urbach/20Minutes

La distance n’affecte pas la collaboration. « On échange beaucoup, que ce soit avec Pierre ou François [Delarozière, coauteur des Machines]. Nos discussions peuvent aller vite quand il y a des éléments assez clairs à mettre en avant. D’autres fois, on débat pendant des heures. Mais il y a entre nous une confiance réciproque. » « On se téléphone au minimum deux fois par semaine, confirme Pierre Oréfice. C’est à chaque fois un plaisir de le voir ajouter sa patte à nos intentions. Le public nantais aime le côté rétro, très XIXe siècle, de ces affiches mais Stéphan sait aussi se réinventer. Sa palette est extrêmement riche. »

« Se renouveler, ce n’est pas toujours facile, admet celui qui commence toujours par un croquis au crayon avant de poursuivre sur ordinateur. Parfois il y a des moments de flottements et puis ça jaillit d’un coup. Au fil des ans, on n’a pas toujours les mêmes envies esthétiques non plus. »

Il a travaillé pour IAM, l’OM, Découflé…

Il faut dire que Stéphan Muntaner a bien d’autres projets en tête. L’illustrateur, fan de l’architecte Rudy Ricciotti et de l’artiste  Wim Delvoye, est du genre touche-à-tout. Au point d’enfiler le costume de photographe, scénographe, designer, plasticien. « J’aime bien le mélange des genres, passer d’un truc à l’autre. Parfois dans la même journée. C’est pareil pour mes lectures, le cinéma ou la musique. »

Une curiosité qui l’amène à travailler pour une marque de vins ou de bijoux, à dessiner le packaging de cosmétiques, à concevoir des pochettes de disques, à travailler pour Découflé, à préparer une expo sur la Guerre 1914-18, à imaginer des happenings, à créer des symboles urbains pour la ville de Marseille… « J’ai souvent plus de libertés avec des commanditaires privés qu’avec des acteurs publics où il faut en passer par des validations à n’en plus finir. La technocratie culturelle tue le plaisir. »

Ses expériences les plus marquantes ? « Les photos de début de saison de l’Olympique de Marseille en 20024-2005. J’ai tenté de nouvelles poses, de casser les codes. C’était assez drôle. » Et puis il y a sa collaboration avec IAM en 1997 pour la pochette de L’Ecole du micro d’argent, un « album mythique », le plus vendu de l'histoire du rap français, un « souvenir marquant ».

Son style ? « Je préfère avoir du style qu’avoir un style ! rigole le Marseillais. Non, je ne saurai pas le définir et ce n’est pas plus mal. Car avoir un style ça peut être aussi une malédiction, c’est difficile d’en sortir. Je recherche plus un angle de vue, une idée nourrie par l’histoire, plutôt qu’une esthétique. » Il passe à autre chose. Puis glisse en conclusion : « Pour résumer, je tente de fabriquer de la pop culture. »