Nantes : Après l'échec de SoNantes, la nouvelle monnaie locale Moneko a-t-elle appris des erreurs du passé ?

ECONOMIE Depuis quelques jours, il est possible de payer en billets de Moneko dans certains commerces de Loire-Atlantique

Julie Urbach

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Illustration de billets Moneko, la nouvelle monnaie de Loire-Atlantique
Illustration de billets Moneko, la nouvelle monnaie de Loire-Atlantique — J. Urbach/ 20 Minutes
  • La monnaie complémentaire Moneko est née de la fusion de SoNantes et du Retz'L.
  • Pour qu'elle circule davantage que les premières, l'association qui porte le projet veut convaincre davantage d'adhérents mais aussi des collectivités.
  • «Moneko va devoir rapidement montrer que c’est quelque chose d’utile et de facile», estime Marc Bidan, professeur en management

Il y a des billets de 1, de 20, et même de 44 « pour le petit clin d’oeil »... Depuis quelques jours, il est en théorie possible de régler ses achats en Moneko chez certains commerçants de Loire-Atlantique. Cette monnaie locale, présentée comme nouvelle, est en fait la fusion de SoNantes et du Retz’L, lancées sans grand succès il y a plusieurs années dans l’agglo nantaise pour l’une et dans le Pays de Retz pour l’autre. « Il fallait rebondir, redynamiser, justifie Catherine Esnée, coprésidente de Moneko. On va pouvoir élargir les possibilités en s’étendant à tout le département. »

Dans les grandes lignes, le principe reste le même : sans remplacer l’euro, l’idée est de « développer les échanges entre acteurs locaux » grâce à cette monnaie, qui se présente cette fois sous la forme de billets colorés (16.500 coupons ont été imprimés) mais aussi en dématérialisé, via son smartphone. Après avoir ouvert son compte (1 euro pour les particuliers, à partir de 20 pour les entreprises), le taux de change n’a lui non plus pas bougé : un euro est égal à un Mk, « mais on ne peut pas spéculer, explique Claire Tarbes, coordinatrice de Moneko. Ce qui fait que cette monnaie va davantage circuler et profiter au territoire, c’est une économie vertueuse. »

Monnaie locale cherche adhérents

Reste que l’objectif de ne pas laisser les billets dormir sous le matelas semble difficile à atteindre. Selon les derniers chiffres, Moneko (officiellement lancée en juin) ne comptait fin octobre que 175 entreprises adhérentes et 1.600 particuliers... soit à peine plus que son ancêtre SoNantes il y a trois ans, bien en dessous des objectifs fixés et ce malgré des moyens en communication et un investissement, à l'époque, de 2 millions d'euros du Crédit municipal, propriété de la ville. « Le challenge est d’avoir à la fois des particuliers et des professionnels, c’est pour cela que nous avons baissé le prix de l’adhésion pour ces derniers, observe Catherine Esnée. Aujourd’hui il faut reconstituer notre réseau, mais nous sommes conscients qu’il va falloir convaincre bien au-delà de ceux qui le sont déjà.»

Pour Marc Bidan, professeur en management des technologies de l’information à l’université de Nantes, c’est même la priorité. « L’idée est bonne mais pour être adopté, Moneko va devoir rapidement montrer que c’est quelque chose d’utile et de facile, estime-t-il. Etre citoyen et avoir un amour pour sa région, c’est important, mais je doute que ça suffise à ce que Moneko franchisse un palier, même si la demande de localisme est réelle chez les consommateurs. » Selon lui, il faudrait que « 10 % de la population » s’y mette pour que le dispositif fonctionne réellement. Moneko, elle, préfère ne pas encore dévoiler d'objectifs chiffrés.

Le rôle des collectivités

Pour se développer, l’association, subventionnée par Nantes métropole, compte en fait beaucoup sur les collectivités, aujourd'hui frileuses à utiliser ces monnaies complémentaires, en raison d’un « cadre juridique compliqué ». « C’est pourtant le moment qu’elles se rallient, qu’elles donnent confiance au dispositif, estime Catherine Esnée. On a aussi des exemples de mairies qui abondent [à Toulouse, un sol (le nom de la monnaie locale) est ajouté à chaque tranche de 20 euros], ce qui permet de s’adresser à de nouveaux publics. »

Selon Marc Bidan, des incitations financières pourraient effectivement permettre d’attirer davantage d’adhérents. « On peut penser à de petites ristournes ou à un programme de fidélisation pour les clients, propose l’enseignant. Mais attention, le commerçant devra lui aussi être gagnant, car ce n’est déjà pas rien de changer ses habitudes. »