Nantes : Dans les coulisses de L’Autre Cantine, l’association qui cuisine pour les migrants

SOLIDARITE Les bénévoles de L’autre Cantine, qui préparent et distribuent chaque soir des repas pour les migrants, ont tous des profils très différents

Clara Le Nagard

— 

Les bénévoles de L'Autre Cantine s'occupent de la cuisine pour le repas distribué le soir.
Les bénévoles de L'Autre Cantine s'occupent de la cuisine pour le repas distribué le soir. — C.Le Nagard/20Minutes
  • L’Autre Cantine compte une centaine de bénévoles qui cuisinent des repas aux migrants.
  • Grâce aux invendus des supermarchés, des boulangeries et des dons des particuliers, ils distribuent les repas à 19h à Talensac.
  • Des vêtements et produits d’hygiène sont également livrés aux exilés.

Alors que l’hiver approche et que le confinement se poursuit, certaines associations continuent de faire leur maximum pour assurer un service, même pendant la pandémie. C’est le cas de L’Autre Cantine, située rue de Cornulier, près de la gare accès sud. L’association possède un local depuis le 3 juillet 2018, où elle accueille des migrants et leur mijote plus de 300 repas par jour.

« Avec le confinement, l’accueil de jour a été mis entre parenthèses mais on continue à préparer des repas tous les jours, confie Houda, une bénévole de l’association. En plus, avec la période, les plus âgés de notre équipe restent chez eux, alors qu’en temps normal, ils sont très actifs. » L’Autre Cantine, en écho à la Cantine du Voyage à Nantes, rassemble près d’une centaine de bénévoles qui tournent et gèrent collectivement ce lieu pour apporter de quoi se nourrir et se vêtir aux exilés.

« Sociologiquement c’est très varié »

Il est 13h ce mercredi et Houda se tient à l’accueil du local. La jeune femme travaille depuis peu dans une carrosserie et vient régulièrement donner de son temps. « Chaque matin, on fait le tour des supermarchés pour récupérer les invendus, on va aussi voir certains producteurs locaux, des maraîchers… On a des arrivages de pain de boulangerie… Ensuite vers midi on commence la découpe et la cuisine et le soir à 19h on distribue tout ça à Talensac. »

Une fresque aux couleurs chaudes réalisée sur le côté de la façade de L'Autre Cantine.
Une fresque aux couleurs chaudes réalisée sur le côté de la façade de L'Autre Cantine. - C. Le Nagard / 20 Minutes

Pour s’organiser, les bénévoles s’inscrivent sur un planning en ligne, les équipes sont mixées et s’entraident dans les différentes tâches. Houda lance un regard autour d’elle. « La force de L’Autre Cantine c’est que les gens qui viennent aider sont complètement différents. Sociologiquement, c’est très varié. Il y a des autoentrepreneurs, des personnes au RSA, d’autres qui sont sans-abri et qui donnent un coup de main aussi. » Mathias, un ancien animateur social, renchérit : « Le projet c’est de faire ensemble, se mélanger. Parfois il y a des gens qui viennent pour une heure, d’autres pour trente minutes et certains presque tous les jours ! »

« On cuisine entre 20 et 25 kg de nourriture par jour »

Derrière l’accueil, au fond du local, une dizaine de bénévoles, couteaux et économes en main, se retrouvent chaque midi pour la découpe des aliments. « Aujourd’hui, il fait beau donc c’est sympa, on se met dehors, déclare Claire, agent commercial et bénévole régulière depuis 2018. On cuisine entre 20 et 25 kg de nourriture chaque jour. On ne fait plus que des plats végétariens parce que c’est plus simple comme ça. » Adrien, qui est, lui, infirmier, ajoute : « On prévoit des repas qui conviennent à nos bénéficiaires, qui leur rappellent leurs origines. Il y a toujours une base de riz, de semoule, de pâtes, avec une sauce. »

Amina, alias Mama Djibouti, aux fourneaux pour le repas du soir.
Amina, alias Mama Djibouti, aux fourneaux pour le repas du soir. - C. Le Nagard / 20 Minutes

En face de Claire, Youssef, co-président de L'Autre Cantine, s’active pour éplucher les pommes de terre et les mettre dans un saladier. « Aujourd’hui, on va cuisiner un plat à base de lentilles, de carottes, avec une bonne sauce. C’est Mama Djibouti qui s’en occupe. Elle s’appelle Amina mais tout le monde ici l’appelle Mama Djibouti », raconte-t-il en souriant. En dehors des aliments qu’elle récupère, l’association qui ne reçoit aucune aide financière de collectivités, achète elle-même certains aliments qui peuvent amener à manquer comme les haricots, les oignons, la pâte d’arachide, etc.

« On dit que les gens donnent moins mais c’est faux »

L’Autre Cantine ne fait pas uniquement des distributions alimentaires. Elle livre aussi des vêtements, des kits d’hygiène… Pour ça, tout se passe à l’étage, où Sophie et Denise s’activent avec bonne humeur pour ranger les habits. « Tous les vêtements qu’on reçoit, on les lave chez nous. Quand c’est hors saison, on les donne au Secours populaire », explique-elle. Cette enseignante vient trois à quatre fois par semaine. Avec Denise, elle trie et range les vêtements pour les femmes et les enfants. « Je fais aussi des distributions alimentaires et des veilles pour discuter avec les migrants. Toutes les petites mains sont importantes si on veut que ça fonctionne. »

« Faut pas croire ce qu’on dit. Les gens sont là. On dit qu’ils donnent moins qu’avant mais c’est faux, raconte Denise. On reçoit des dons quotidiens. Parfois, on voit des gens arriver avec une simple bouteille d’huile ou un kilo de pâtes ! C’est tellement touchant. »