Enfant torturé et noyé à Nantes : Qui a infligé la punition mortelle à David ? La mère et le beau-père se renvoient la faute

COUR D'ASSISES Ce jeudi, les accusés ont été interrogés sur le déroulé des faits ayant occasionné la mort de David, 8 ans, le 11 janvier 2017 à Saint-Herblain, près de Nantes

Julie Urbach

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La cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes.
La cour d'assises de Loire-Atlantique, à Nantes. — © Fabrice ELSNER
  • Après quatre jours de procès, Eunice K. et Guy-Roland D. ont été questionnés sur les heures précédents le décès de David, mort noyé dans une baignoire.
  • La mère et le beau-père de la victime ont continué à s'accuser mutuellement. 

« Il y a deux vérités dans ce dossier et un enfant de 8 ans qui a perdu la vie dans des circonstances qu’il faudra élucider. » Voilà comment Karine Laborde, la présidente, présentait lundi l’affaire qui occupe depuis quatre éprouvantes journées la cour d’assises de Loire-Atlantique. Ce jeudi soir, malgré les longs interrogatoires d’Eunice K. et Guy-Roland D. (toujours en cours à l'heure où nous écrivons ces lignes), la mère et le beau-père du petit David accusés d’avoir torturé entraînant la mort de l’enfant dans la baignoire le 11 janvier 2017 à Saint-Herblain, cette phrase reste d’actualité. Car dans le box des accusés, ni l’un ni l’autre ne fait véritablement évoluer sa version des faits, se rejetant la responsabilité de la punition fatale, même si beaucoup d'éléments ont changé au fur et à mesure de l'enquête.

Le médecin légiste, lui, n'a pas modifié une ligne de ses conclusions qu'il a détaillées ce matin : David ne s'est pas noyé de façon accidentelle, et de nombreuses ecchymoses, traces d’entraves et lésions ont été relevés sur tout le corps du petit garçon. En sanglotant, Eunice K., 29 ans, reconnaît des punitions régulières, entre fessées ou douches froides, mais en aucun cas celle de la baignoire. Tout ce qu’elle admet, c’est de n’avoir rien fait cette fois-là, quand son compagnon attache puis enfonce la tête du petit garçon « à deux reprises » sous l’eau, selon elle. En fait, elle dit avoir tout cautionné, même après que son conjoint, quelques semaines avant le drame, serait descendu dans la cave pour y punir son fils, attaché dans le noir pendant dix minutes. « David est mort parce que je ne me suis pas opposée, souffle celle qui avoue qu’elle aurait bougé s’il s’agissait de l’un de ses deux autres enfants. Avec lui, j’avais abandonné… Je n’y arrivais plus. »

Messages de soutien devant l'école où était scolarisé David, à Saint-Herblain.
Messages de soutien devant l'école où était scolarisé David, à Saint-Herblain. - J.Urbach/20Minutes

Flexions, coups de règle, baignoire

Le mercredi du drame, quand le Samu reçoit l’appel émis depuis Saint-Herblain, à 15h48, Guy-Roland est au bout du fil. Il rapporte être « inquiet » après « avoir entendu un gros boum dans la salle de bain» et entame un massage cardiaque avant qu’un médecin ne prenne le relai, en vain, six minutes plus tard. Près de quatre ans après, cet homme de 35 ans parle avec détachement, malgré les questions pressantes de la cour sur les circonstances du drame. Flexions, coups de règles, mains et pieds attachés avec une cravate… Il détaille l’escalade de violences infligées à David, cet enfant qui selon lui « ne l’aimait pas et prenait plaisir à le défier », jusqu’à l’idée de le plonger dans l'eau froide. Mais il jure qu’il l’a ligoté avec une corde sur demande de sa compagne, avant de sortir du logement. « Eunice était très énervée, déchaînée », dit-il. Elle l'aurait frappé dans le bain, où son corps inanimé sera retrouvé.

« Vous ne croyez pas que David a le droit a la vérité ? Pour qu’il repose en paix ? Maintenant ! », tonne Me Myriam Guedj Benayoun, avocate de l'association «Innocence en danger» qui s'est constituée partie civile. Un peu plus tôt, l’institutrice de la petite victime lui a rendu hommage à sa manière en dépeignant, avec émotion, le portrait d’un enfant « très souriant, joyeux, au contact facile et bien intégré dans sa classe ». Malgré des difficultés scolaires liées à une arrivée précipitée de Côte d’Ivoire, six mois avant le drame, l’élève de CE1 «progressait», assure celle qui avait la veille téléphoné à la mère de David pour la prévenir qu’il avait abordé un inconnu dans la rue, se plaignant d’avoir faim.

Le petit garçon, qui aurait fêté ses 12 ans le 30 novembre prochain, avait été puni pour cette « bêtise ». Le verdict est attendu vendredi ou au plus tard dans la journée de samedi.