Un Peintre avec un grand pet

Guillaume Frouin Photos : Jean-sébastien évrard

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Un artiste dans le vent. Dans le quartier de la Durantière, à Nantes, la façade rose bonbon de son pavillon ne passe pas inaperçue. Bienvenue chez Daniel Bellec, alias « Roger Dimanche », son nom d'artiste. Professeur d'arts plastiques vacataire dans un lycée professionnel de Saint-Nazaire, cet homme de 58 ans est à l'origine des mystérieuses affiches « Prout ! » et « Pouet ! » placardées ces derniers mois sur les palissades de chantiers et piles de ponts de la cité des Ducs. Lettres jaunes sur fond bleu, un peu à la manière d'un slogan électoral ou d'un lancement de soldes, elles sont simplement signées d'un anonyme Roger Dimanche Productions. Suscitant tantôt l'amusement, tantôt l'incompréhension des passants.

« Je voulais faire quelque chose de simple, qui puisse être compris par tous sans avoir besoin d'une licence d'arts plastiques, explique l'artiste-peintre. Il fallait que ce soit un brin subversif, sans tomber dans la provoc pour la provoc. » Inutile, en revanche, de chercher un quelconque sens derrière ces onomatopées inconvenantes. « Il n'y a rien à comprendre, insiste Roger Dimanche. C'est simplement un outil pour faire réagir le public. Une oeuvre qui ne suscite pas de réaction n'atteint pas son but. »

Pour le coup, la réaction du public est parfois assez vive. « L'autre jour, alors que je peignais au sol un "prout" devant les Nefs de l'île de Nantes, j'ai été abordé par un vieux monsieur à lunettes assez guindé, se marre Daniel Bellec. Dès que j'ai prononcé le mot « prout », je me suis fait littéralement engueuler ! J'avais l'impression d'être un gamin de 10 ans pris en train d'allumer un pétard. »

Jusque-là, celui qui dit ainsi « aimer jouer avec les codes de la société de consommation » s'intéressait plutôt aux icônes de la publicité. Sur les murs de son atelier-garage trônent ainsi un portrait de Monsieur Propre et une nature morte autour d'un paquet de détachant Eau écarlate. Un autre tableau, mettant un Tarzan de série B aux prises avec des fauves, illustre sa nouvelle passion pour le graphisme des comics « old school ». Mais qu'importe les réprimandes : Roger Dimanche, qui a édité depuis l'été un millier d'affiches, compte bientôt récidiver. Toujours à ses frais. « Je ne suis aidé par personne, ni le Frac [Fonds régional d'art contemporain], ni le service culturel de la mairie... A vrai dire, je n'ai pas vraiment l'impression d'intéresser le monde de la culture officielle. J'existe, c'est déjà ça. » ■