Nantes : Chaque soir, il y a foule pour profiter des invendus alimentaires distribués par Tinhi Kmou

SOLIDARITE Ouverte à tous, l'association lutte contre le gaspillage alimentaire en distribuant des invendus tous les soirs sur l'île de Nantes 

Clara Le Nagard

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File d'attente impressionnante devant le local de Tinhi Kmou.
File d'attente impressionnante devant le local de Tinhi Kmou. — C.Le Nagard/20Minutes
  • Tinhi Kmou distribue gratuitement à 17h30 des invendus alimentaires et vestimentaires, boulevard Gustave-Roch.
  • Près de 200 personnes viennent chaque jour chercher des produits.
  • Des événements solidaires comme des barbecues et des recherches de logement sont régulièrement organisés par l’association.

Il est 17h ce lundi soir au numéro 43 du boulevard Gustave-Roch, sur l’île de Nantes. La distribution de denrées ne commence que dans trente minutes mais déjà, une longue queue se forme à l’entrée du local de l’association nantaise Tinhi Kmou. Ouverte à tous, elle se bat contre le gaspillage alimentaire depuis près de deux ans. « Pendant le premier confinement il y avait déjà du monde mais depuis le reconfinement ça a explosé, raconte Frédérique Lefevre, trésorière de TK et compagne du fondateur Alain Taha. On est passé de 70 personnes par jour à 180 et parfois ça va jusqu’à 300 personnes. »

Du lundi au vendredi, de 17h30 à 18h30, les 15 bénévoles de TK redistribuent des invendus tels que des fruits, des légumes, du fromage, des pâtes, qu’ils ont récupérés. « Notre but c’est l’anti gaspillage, que ce soit alimentaire, vestimentaire ou autre, explique la trésorière. On récupère des produits chez nos partenaires, hypermarchés, grossistes ou épiceries, qu’on redistribue ensuite gratuitement et sans distinction. »

Distribution d'invendus alimentaires dans le local de Tinhi Kmou.
Distribution d'invendus alimentaires dans le local de Tinhi Kmou. - C.Le Nagard/20Minutes

Un local « vide depuis un an »

L’association, qui fonctionne sans subvention, n’a pas toujours été située ici. Avant, elle redistribuait ses invendus rue Paul-Nizan, 500 m plus loin. « On s’était mis dans cette rue avec un barnum pour distribuer les fruits et les légumes. Mais on n’avait clairement pas la place pour tout stocker, relate Nguyen Tri Dung, un bénévole. Et vu le nombre de personnes qu’il y avait, fallait qu’on prenne des mesures de sécurité. »

Au mois de mai 2020, faute de réponse de la mairie, les militants de TK ont forcé la porte de l’ancien local des Restos du cœur, vide depuis leur départ fin 2019. « Il n’y avait personne dedans, il ne servait à rien. En plus de ça, quand on est rentré, on a découvert des aliments laissés à l’abandon, déclare Nguyen. Je ne comprends même pas que des choses utiles puissent pourrir dans un local. » « On avait demandé un lieu pour stocker mais ça nous avait été refusé. On devrait bientôt obtenir une convention de la part de la mairie », explique Frédérique.

« On est vraiment au gramme près »

Alors que les gens sont de plus en plus nombreux à faire la queue, la distribution démarre dans le respect des mesures sanitaires : température prise à l’entrée, lavage de mains au gel hydroalcoolique, inscription dans le registre… Christian fait partie des premiers arrivés. « Je suis entrepreneur et en ce moment ça va très mal. Je viens depuis le mois de juin et je suis content parce que c’est une association très active. Il n’y a rien qui se perd, on est vraiment au gramme près. »

Pâtes, fromage, légumes et autres invendus sont distribués gratuitement.
Pâtes, fromage, légumes et autres invendus sont distribués gratuitement. - C. Le Nagard / 20 Minutes

Durant le premier confinement, le curé de la paroisse Sainte-Madeleine avait prêté son église à Tinhi Kmou pour qu’ils puissent distribuer des aliments. C’est là-bas que Luce, retraitée de 65 ans, a découvert l’association. « A l’époque j’en avais besoin et c’est encore le cas aujourd’hui. Quand je viens, je prends aussi pour mes voisins, des personnes âgées qui sont dans le besoin. Je trouve que c’est très humain et Alain est vraiment quelqu’un qui a le cœur sur la main. »

« Des valeurs qu’on a un peu perdues »

Les bénévoles organisent aussi des événements solidaires comme des barbecues le samedi, où trois tonnes d’invendus sont récupérées en moyenne, mais aussi des relookings pour des personnes en situation de précarité, des aides pour rechercher un logement… « L’idée de redistribuer les invendus, c’est notre fille à Alain et moi qui l’a eue, raconte Frédérique en souriant. Tinhi Kmou veut dire ancien monde, celui du partage, des valeurs qu’on a un peu perdues. »

Le 19 décembre, l’association prévoit un événement avec son partenaire Tribe-Up, une communauté de vivre ensemble de près de 40.000 Nantais. « C’est un groupe qui rassemble les nouveaux nantais et il y a une super synergie, relate Lionel Ahouansou, l’instigateur du projet. On essaye d’être solidaires avec des associations comme Tinhi Kmou, surtout en ce moment. Le 19 on veut créer des liens intergénérationnels et permettre aux enfants de faire la collecte des aliments sur le marché de la Petite Hollande. Ils seront accompagnés des parents bien sûr et après ils pourront les distribuer », détaille le jeune homme. « Si dès petit on apprend à aider et à ne pas avoir peur de l’autre, ça peut apporter beaucoup », renchérit Frédérique.

Face à une demande de nourriture de plus en plus forte, l’association a plus que jamais besoin de partenaires ou de dons de particuliers. Si vous voulez les aider, vous pouvez les contacter à l’adresse mail suivante : tinhi.kmou@gmail.com ou au numéro de téléphone : 07.81.90.05.23