Confinement à Nantes : « Crachats », « provoc' »… Le port du masque fait monter la tension dans les transports

SEMITAN Une conductrice s'est fait braquer par un passager à qui elle demandait de mettre son masque, dimanche soir dans un tramway à Nantes

Julie Urbach

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Le port du masque est obligatoire dans le tramway comme dans tous les transports en commun.
Le port du masque est obligatoire dans le tramway comme dans tous les transports en commun. — J.Urbach/20Minutes
  • La très grande majorité des passagers se plie au port du masque obligatoire dans les transports en commun nantais.
  • Pourtant, cette mesure génèrerait des tensions ces dernières semaines.

« On sentait monter le sujet depuis quelques semaines… Il y a pas mal d’histoires, heureusement pas toutes aussi extrêmes ». Au surlendemain de l'agression d'une conductrice de tramway par un homme armé à Nantes, les langues se délient chez les personnels de la TAN. Obligatoire dans les transports en commun depuis début mai, le port du masque semble générer des tensions dans les bus et tramways nantais. Dimanche soir, sur la ligne 1, c’est une annonce vocale rappelant la mesure qui a suscité la colère d’un homme. Monté sans masque à Haluchère, le passager a sorti un pistolet et a menacé la conductrice avec, avant de descendre à l’arrêt suivant.

« Sans aller jusqu’aux blessures physiques, ce sujet provoque un certain nombre d’altercations, confirme Pascal Lucas, élu CFDT au CHSCT de la Semitan. Les gens que l’on rappelle à l’ordre nous disent « je fais ce que je veux, vous n’êtes pas de la police ». J’ai par exemple voulu contrôler un homme qui montait à bord sans son masque, et en plus avec un chien. J’ai été le voir pour ces deux raisons mais c’est parti en vrille. Avant de descendre à la station suivante, il est venu me cracher sur les vêtements… »

« Il a fallu qu’on le sorte de la rame »

Selon les personnels interrogés, la très grande majorité des passagers respecte le port du masque dans les rames, comme le veut le règlement intérieur. « Le tout petit pourcentage qui reste, ça peut être un oubli mais en général c’est de la provoc', estime Julien*, contrôleur. Nous, on n’a que la parole comme arme, donc on tente de négocier… Quand on a un petit stock de masques à distribuer, ça peut aider à apaiser les choses. »

Sylvain*, lui aussi, estime que c’est un souci de plus à gérer alors que les incivilités en tous genres « se multiplient depuis plusieurs années » selon lui. Le conducteur, également agent d’intervention et d’assistance, s’est plaint « à plusieurs reprises à la direction ». « Un soir, un client est monté sans masque et faisait la sourde oreille malgré nos remarques, raconte-t-il. Des passagers s’en sont mêlés, certains ont voulu lui en donner, mais rien n’y faisait, la tension est montée entre les gens. Ça commençait à devenir ingérable, il a fallu qu’on le sorte de la rame avant que ça ne parte en bagarre générale. J’ai eu deux autres cas, quasiment similaires. »

Présence policière

Après l’incident de dimanche, la direction de la Semitan (qui a décidé de la coupure du réseau dès 22h lundi soir) tient à rappeler que des patrouilles sont régulièrement organisées dans les rames. Promise par la municipalité, la brigade métropolitaine des transports est plus que jamais attendue, alors que la CFDT demande même la tenue d'« assises de la sécurité publique ». « Les opérations de la police nationale sur une ou deux heures, c’est insuffisant, regrette Pascal Lucas. Il faut une présence supplémentaire pour que les usagers aient le sentiment que le réseau est suffisamment surveillé. »

D’autant que selon Pascal Lucas, une autre problématique complique les contrôles depuis la semaine dernière. « Certains nous disent qu’ils n’ont pas de ticket en raison du confinement. Pourtant, il n’a jamais été question que les transports soient gratuits… »

*Ces prénoms ont été modifiés