Coronavirus à Nantes : « Nos capacités ne sont pas infinies », prévient le directeur du CHU

EPIDEMIE Confrontés à une hausse rapide des hospitalisations pour Covid, le CHU de Nantes et ses soignants s’organisent pour faire face

Frédéric Brenon

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Des infirmières du CHU de Nantes prennent en charge un patient atteint du Covid.
Des infirmières du CHU de Nantes prennent en charge un patient atteint du Covid. — L.Venance/AFP
  • « La seconde vague sera supérieure à la première » à Nantes, constate le directeur du CHU, Philippe El Saïr.
  • Les admissions ont fortement augmenté mais, pour l'heure, il reste de la place.
  • Des recrutements ont été effectués pour renforcer le personnel.

La circulation du coronavirus s’est nettement accélérée dans la région Pays-de-la-Loire et le CHU de Nantes en subit évidemment les conséquences. Avec désormais 149 patients soignés pour cause de Covid, l’hôpital public vient ainsi de dépasser son pic d’hospitalisations enregistré lors de la première vague au printemps​. Il s’était toutefois préparé à ce scénario et parvient, pour l’heure, à faire face. Le point.

L’avancée de l’épidémie

« La situation est grave. L’accélération du virus est très rapide. La seconde vague sera supérieure à la première », constate Philippe El Saïr, directeur du CHU de Nantes. Le nombre de malades pris en charge a déjà triplé en deux semaines. « On est le bouclier sanitaire du pays, ajoute-il. Mais il faut absolument que la population nous aide par rapport au confinement. La période est éprouvante pour le personnel. Et nos capacités ne sont pas infinies. »

Le profil des malades change un peu

« Par rapport au printemps, on a davantage de patients plutôt jeunes et ayant peu de comorbidités. On a, par exemple, actuellement en réanimation, un patient de 39 ans sans aucun antécédent. Le virus ne touche donc pas que les personnes âgées », relève le Pr Karim Asehnoune, président de la commission médicale d’établissement. L’autre catégorie de malades, habituelle, est celle de patients âgés de plus de 65 ans ayant d’autres ennuis de santé (obésité, hypertension…). La durée moyenne d’une hospitalisation est d’environ 15 jours. C’est « un peu moins long » qu’au printemps grâce à une meilleure prise en charge (médication, oxygénothérapie). « On a appris de la première vague », confie Karim Asehnoune.

Le nombre de lits réadapté

Pour faire face à la hausse d’admissions, le CHU s’apprête à passer de 109 lits Covid à 195. En réanimation, 92 lits (au lieu de 71 habituellement) sont déjà ouverts mais ce total devrait grimper à 111. « On pourra aller au-delà si vraiment il le faut », assure Philippe El Saïr. Des opérations chirurgicales non urgentes seront déprogrammées ces prochaines semaines, selon les besoins, afin de « redéployer le personnel soignant ». En attendant, il reste de la place, notamment en réanimation. Le CHU a d’ailleurs accueilli mercredi, « par solidarité », trois malades en provenance de la région lyonnaise. Il en avait déjà intégré trois la semaine passée.

Du personnel en renfort

Quelque 120 recrutements (infirmiers et aides-soignants principalement) viennent d’être effectués pour renforcer les équipes en place, annonce la direction. Trente recrutements supplémentaires sont envisagés. Le CHU va également solliciter les étudiants infirmiers volontaires pour assurer des vacations rémunérées intégrées dans leur scolarité. Il lance aussi un appel aux soignants retraités prêts à venir donner un coup de main. « Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues », clame Philippe El Saïr.

Les contaminations internes

Depuis mars, 335 agents du CHU de Nantes (sur un total de 11.700) ont été déclarés positifs au Covid-19. « Toutes les précautions sont prises à l’hôpital. Il est beaucoup plus probable de l’attraper en dehors », estime Karim Asehnoune. Dans une tribune récente publiée par Le Monde, un médecin anesthésiste du CHU s’émeut toutefois d’avoir vu des soignants continuer à travailler alors qu’ils étaient positifs au coronavirus. Il dénonce un problème « éthique ». Le président de la commission médicale d’établissement se défend. « Il y a eu du personnel non remplaçable, des médecins, qui ont continué à travailler parce qu’ils n’étaient pas symptomatiques. Ça reste ultra exceptionnel, dicté par les circonstances et encadré par les textes. »