FC Nantes-Brest : « On fait des conneries quand on recrute dans l’urgence », estime Lorenzi

INTERVIEW Passé par la Jonelière de 1998 à 2003, Grégory Lorenzi est désormais l’un des plus jeunes directeurs sportifs en France. Pour 20 Minutes, il explique son rôle et sa conception du job

David Phelippeau

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Grégory Lorenzi, directeur sportif du Stade Brestois.
Grégory Lorenzi, directeur sportif du Stade Brestois. — Fred TANNEAU / AFP
  • Grégory Lorenzi est le directeur sportif du Stade Brestois depuis cinq ans.
  • L’ancien Canari explique pour 20 Minutes comment il travaille sur le recrutement tout au long de l’année.

A bientôt 37 ans, Grégory Lorenzi est sans doute le plus jeune directeur sportif de l’élite du football français. En 2016, quand le président brestois Denis Le Saint lui a proposé ce poste à forte responsabilité, il n’avait que 32 ans. Et c’est peut-être pour ça qu’il est arrivé « sur la pointe des pieds », comme il le dit aujourd’hui, dans un milieu où il avait pourtant été joueur professionnel pendant douze ans (de 2004 à 2016). Dimanche, Grégory Lorenzi retrouve Nantes avec son Stade Brestois, dimanche à 15 h, à la Beaujoire. Un FCN qui l’a façonné « en tant que joueur et homme » (1998-2003), et où il a croisé dans les couloirs de la Jonelière un certain Robert Budzynski, directeur sportif pendant plus de quarante ans à Nantes. Entretien avec le patron du sportif brestois, épanoui dans son costume d’homme à tout faire.

Quel est votre rôle exact au Stade Brestois ?

Je suis là pour que le club grandisse sportivement. J’ai un rôle élargi et de manière générale, je m’occupe de la politique sportive du club (mercato, relation pro-formation etc.). J’ai une vraie relation de confiance avec mon président. Il n’entre pas dans l’opérationnel du club car il est très pris professionnellement. On définit les choses en début de saison, et c’est à moi de gérer pour que le budget soit équilibré à la fin.

Vous avez les coudées franches pour le recrutement ?

Avec le président, on définit une enveloppe et une masse salariale, et il me dit de me débrouiller. Je n’ai par exemple pas tout dépensé pendant le dernier mercato. C’est rare les présidents comme lui car, souvent, ils aiment se mettre en avant. Lui, il a toujours la volonté de ne pas se mêler du sportif. Par exemple, pour le choix d’Olivier Dall’Oglio, il m’avait dit : "Débrouille-toi, c’est toi qui es au quotidien avec lui et pas moi !".

Pour le recrutement, vous avez une cellule de recrutement ?

Pas en Ligue 2. En Ligue 1, j’ai pris deux personnes [son frère et Thierry Bonalair] sur lesquelles je m’appuie. Je les inclus dans mes discussions avec le staff pro.

Quelles sont vos cibles généralement ?

Brest n’a pas les moyens d’acheter des joueurs chers donc on se rabat souvent sur des joueurs libres déjà. Après, moi, j’adore regarder les joueurs dans les réserves pros car il y a un tas de bons éléments dans ces formations. J’aime observer aussi le National et la Ligue 2 car j’ai un principe : il faut être bon déjà sur notre territoire. Brest ne recrutera pas beaucoup en revanche en Angleterre, Allemagne, Italie ou Espagne car les meilleurs joueurs de ces championnats restent souvent dans leurs pays. On cherche plus à faire des coups moins onéreux dans des championnats moins médiatisés.

Cet été, vous avez recruté Le Douaron de Saint-Brieuc (N2) et Faivre, qui était en réserve à Monaco…

Le Douaron, je le suis depuis longtemps. On ne peut pas évoluer qu’avec des joueurs de N2, mais c’est une bonne surprise. Faivre de Monaco, je le suivais aussi depuis plusieurs saisons.

Le recrutement c’est un vrai travail de longue haleine ?

Oui, car le recrutement c’est très complexe. Vous avez la qualité du joueur, mais aussi sa mentalité, et ça c’est très important. Je n’ai jamais pris un joueur que je n’ai jamais vu physiquement déjà. Je n’ai donc jamais recruté un joueur sur vidéo. Les recrues, le plus souvent, je les suis sur une ou plusieurs saisons. A travers ça, on regarde la mentalité, l’entourage etc. Je sais aussi ce que le club de Brest attend comme joueurs au niveau de la mentalité. En travaillant beaucoup sur les profils des recrues en amont, je limite le risque d’échec. Le recrutement, ça reste une remise en question chaque saison.

A vous entendre, vous attachez beaucoup d’importance à la mentalité…

Oui, je préfère parfois prendre un joueur moins talentueux, mais qui je sais, va progresser, qu’un joueur très talentueux avec un mauvais état d’esprit.

Cela vous surprend-il de voir des clubs recruter des joueurs dans les dernières heures du mercato ?

Je ne fais jamais de joueur dans l’urgence. A Brest, Ibrahima Diallo est parti à trois jours de la fin du mercato. On voulait le remplacer. J’avais quatre dossiers qui pouvaient apporter une plus-value, mais ils n’ont pas été réalisables D’autres dossiers se sont présentés, mais j’ai estimé qu’il n’était pas nécessaire de faire pour simplement faire. C’est toujours dans l’urgence qu’on fait des conneries. Quand vous investissez des millions comme un club comme Brest, c’est compliqué. Moi, je considère que l’argent du président, c’est le mien. Donc, je fais toujours attention aux dépenses.

Comment travaillez-vous sur le recrutement avec Olivier Dall’Oglio, l’entraîneur ?

Le coach définit les postes, à moi d’apporter les profils. On échange beaucoup. Je ne force pas l’entraîneur à prendre quelqu’un qu’il ne veut pas, et il ne va pas me dire qu’il aimerait travailler un joueur que moi, je ne sens pas. Je suis là pour faciliter le travail de l’entraîneur. Quand j’étais encore pro, j’ai déjà vu des coachs dire qu’ils ne connaissaient absolument pas les recrues qui arrivaient. J’estime que c’est difficile pour un technicien de tirer le maximum d’un élément qu’il ne connaît pas du tout.

A Nantes, le président Kita a souvent travaillé avec le même réseau, notamment celui de Mogi Bayat. Qu’en pensez-vous ?

Tous les agents sont les bienvenus à Brest. Mais, je n’ai pas un circuit préférentiel. Les agents, ils apprennent à vous connaître et vous apprenez à les connaître. Votre réseau se fait naturellement. Il y a 26 joueurs dans notre effectif à Brest, je dois avoir entre 15 et 20 agents différents. Je travaille avec tout le monde et vous ne pouvez pas négliger des gens. Un agent, quand un jour vous ne lui prêtez pas assez d’attention, il s’en souviendra le jour où il aura un bon joueur.

La stabilité est-elle un élément essentiel à la réussite d’un recrutement ?

C’est important oui. Le souci dans le foot, c’est que très peu de gens ont de la patience. On est dans une telle obligation de résultat. On ne laisse pas assez les gens travailler sur la durée.

Quels souvenirs gardez-vous de Robert Buzynski, ex-DS historique du FCN ?

C’était un personnage. On sentait son charisme. La réussite de Nantes était aussi due à lui forcément. Malheureusement, les directeurs sportifs ont été décriés au fil du temps car des présidents ont voulu s’immiscer dans la politique sportive, prendre des décisions à leur place. Je ne suis pas sûr que depuis Robert Budzynski, Nantes ait mis en place un vrai directeur sportif. Aujourd’hui, le FCN a une autre façon de travailler. Je la respecte et je ne la juge pas.