Nantes : « Bevet ar brezhoneg »… L’enseignement du breton gagne du terrain dans les écoles

CULTURE Une nouvelle filière bilingue français-breton a ouvert depuis la rentrée à l’école maternelle publique Camille Claudel à Nantes. Une de plus dans la cité des ducs

David Phelippeau

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Barbara enseigne le breton à l'école publique Camille Claudel à Nantes.
Barbara enseigne le breton à l'école publique Camille Claudel à Nantes. — D. Phelippeau/20 Minutes
  • L’apprentissage du breton gagne du terrain dans les écoles nantaises.
  • Depuis début septembre, une nouvelle filière a été ouverte à l’école maternelle publique Camille Claudel, quartier Nantes-Nord.
  • 20 Minutes est allé en reportage dans cette école et assisté à un cours un matin.

Le signal, c’est le petit air d’ukulélé. Il est 9 h 15, ce mardi matin, à l’école publique maternelle Camille Claudel quartier Nantes-Nord. Daouda, Océane, Agathe et les autres laissent derrière eux leurs jeux et leurs dessins pour se rassembler en arc de cercle autour de Barbara Le Palmec. « Peseurt deiz omp hiziv ? [Quel jour est-on aujourd’hui ?] », lance l’institutrice. Commence un petit conciliabule en breton. Les treize enfants de petite section à grande section ne semblent pas perturbés.

Il faut dire que depuis un mois, ils pratiquent le breton la moitié du temps la semaine. Après celles des Marsauderies et des Batignolles, l’école Camille Claudel est la troisième école primaire publique nantaise à proposer une filière bilingue français-breton. 517 élèves sont actuellement scolarisés en filière bilingue à Nantes. 262 dans le public (école des Marsauderies, école des Batignolles, école Camille Claudel, collège Rutigliano), 197 dans deux écoles associatives Diwan et 58 dans le privé, à l’école Sainte-Madeleine.

Un nombre d’élèves presque multiplié par deux à Nantes en quinze ans

« Ils étaient beaucoup moins il y a un peu moins de vingt ans », se réjouit Pierre-Emmanuel Marais, conseiller municipal à la mairie de Nantes en charge de la diversité culturelle. En 2005, toujours sur Nantes, ils n’étaient en effet que 321. Impulsée notamment par la ville (charte « Oui à la langue bretonne » signée en 2012), cette augmentation ne se limite pas seulement à la cité des ducs. On trouve aussi des filières bilingues à Saint-Herblain, Blain, Saint-Nazaire, Savenay ou encore Guérande dans le département.

A Camille Claudel, l’ouverture aurait dû se faire il y a un an, mais il y avait trop peu d’inscriptions. « On savait que c’était un obstacle d’aller dans une zone Rep + [réseau d’éducation prioritaire renforcée], reconnaît Pierre-Emmanuel Marais. Expliquez le projet bilingue français-breton à des familles qui ne parlent pas toutes bien français, c’était compliqué. » Visant Roué, directeur à Nantes de l’office public de la langue bretonne, explique ne pas avoir eu à convaincre les parents. « Je les ai informés. En 2018, une enquête socio-linguistique, lancée par le Conseil régional de Bretagne, avait indiqué que 82 % des gens interrogés sur Nantes étaient favorables à plus d’enseignement du breton. »

De plus en plus de postes occupés par des brittophones

Morgane, maman d’Agathe, élève à Camille Claudel, s’est dit « pourquoi pas ? » quand on lui a présenté la filière. « C’est vrai que le breton ne sert pas beaucoup, avoue cette Brestoise d’origine. Mais, on a pensé que c’était une belle opportunité pour notre fille, qui n’a pas de difficultés particulières. Cela développe la culture, l’éveil et ça aidera pour l’apprentissage d’une nouvelle langue plus tard. » Une aide aussi à l’emploi pour plus tard ? 1.600 postes à équivalent temps plein dans lesquels le breton est nécessaire sont occupés à ce jour (petite enfance, enseignement, médias, collectivités territoriales etc.). En 2006, il n’y en avait que 900.

A l’école Camille Claudel, Barbara, l’instit', alterne le français et le breton, ce qui représente une douzaine d’heures dans chaque langue. « Les mathématiques s’y prêtent bien, explique-t-elle. Les chiffres, les formes géométriques, les comptines, les parties du corps, les couleurs… Le breton n’est pas simple, surtout quand on l’apprend à l’âge adulte. C’est beaucoup plus facile à leur âge. » Quand on voit Daouda, Océane, Agathe et les autres entonner le chant Jean Petit qui danse [yann gorig o tañsal], on n’en doute pas.