Municipales à Bouguenais : « Je ne veux pas être le maire qui ne protège pas ses habitants », affirme la nouvelle édile

INTERVIEW La candidate de centre-droit Sandra Impériale a fait basculer la commune de la métropole nantaise, ancrée à gauche depuis 50 ans

Propos recueillis par Julie Urbach

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La maire de Bouguenais (DVD) Sandra Impériale
La maire de Bouguenais (DVD) Sandra Impériale — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Sandra Impériale, 39 ans, a été nouvellement élue maire de Bouguenais.
  • Aéroport, suppressions de postes chez Airbus, installation controversée de Colas… Cette commune de la métropole nantaise doit faire face à de nombreux défis.

Le 28 juin dernier, la candidate de centre-droit Sandra Impériale (soutenue par LREM) remportait la mairie de Bouguenais, ancrée à gauche depuis 1971, avec près de 53 % des voix. A l’occasion de la première séance du conseil de Nantes métropole qui se tient ce vendredi, l’édile de 39 ans a répondu aux questions de 20 Minutesà propos des nombreux défis qui attendent sa commune et parfois bien au-delà.

Après 50 ans de règne de la gauche, vous avez fait basculer Bouguenais à droite…

Je crois qu’on insufflait une réponse à un besoin de changement. Ce n’est pas une histoire de droite ou de gauche mais notre équipe, composée à 90 % de non encartés, a prôné des valeurs de pragmatisme et de renouvellement, même si je suis consciente de l’abstention. Beaucoup de modérés ont voté pour nous car l’écologie, la démocratie participative ou la culture n’appartiennent à personne. Je n’aurais pas de honte à les investir, également à l’échelle de la métropole où je ne serai pas dans l’opposition systématique.

Avant, il y aura un certain nombre de dossiers chauds, à commencer par l’usine Colas que vous ne souhaitez pas voir arriver…

Je refuserai de délivrer le permis de construire de cette usine à bitume. Aujourd’hui, on ne connaît pas le cumul de nuisances donc je le dis clairement : j’ai peur que ce soit une usine à cancer, et ne comprends d’ailleurs pas que le mouvement EELV de notre commune ne soit pas en accord avec moi. Je ne suis pas contre les entreprises mais trop c’est trop : on a déjà l’aéroport, la route de Pornic, la chaufferie… Je ne veux pas être le maire qui ne protège pas ses habitants !

Justement, comment comptez-vous agir sur la question de l’aéroport ?

A long terme, il faut toujours penser à son déplacement et je pousserai sur ce sujet avec M. Lemasson [le maire de Saint-Aignan]. A court terme, la priorité est la signature de l’arrêté pour l’interdiction des vols nocturnes. Ensuite il faudra négocier le fonds de compensation au maximum : l’Etat a proposé bien en deçà de ce que demandent les acteurs locaux d’abord pour mettre en œuvre le plan d’insonorisation. Il faut trouver un équilibre entre attractivité économique et protection des citoyens. Pour que des personnes veulent s’installer sur la commune, il faut moins de nuisances.

Il faut aussi des logements. Pourtant, vous souhaitez réduire le nombre de constructions prévues par le plan d’urbanisme métropolitain…

Il y a un entre-deux entre la petite zone pavillonnaire et la surdensification avec des gros immeubles en béton. Cette volonté de ville à la campagne est à réinventer sur toute l’agglomération. Et puis on ne peut pas continuer à construire si nous n’avons pas les équipements nécessaires pour les personnes qui viennent s’installer.

Bouguenais, c’est aussi des centaines de licenciements qui s’annoncent… Comment allez-vous réagir ?

J’espère que ce chiffre sera revu à la baisse, mais il est clair que j’ai peur de la saignée. Avec Airbus, mais aussi Hop… je ne pourrais pas tout faire toute seule. Au mois d’octobre, je souhaite mettre en place une commission de suivi de la crise économique et demanderai à la métropole de nous aider à la création d’une plateforme mettant en lien ceux qui vont être au chômage et les entreprises qui cherchent à recruter. On va avoir des personnes sans emploi, des familles monoparentales en difficulté, certaines qu’il faudra repérer. On a aussi déjà anticipé une éventuelle redistribution de masques.

Comment voyez-vous l’avenir de la route de Pornic, très engorgée ?

Rester à deux voies paraît complètement surréaliste, et ça créerait des itinéraires bis à Bouguenais complètement congestionnés. Ce que je souhaite, c’est une troisième voie dédiée à l’intermodalité avec du covoiturage, un futur busway, et un espace sécurisé pour les vélos.

Et celui du bidonville de la Neustrie ?

Ce sujet fait partie des dossiers qui ont été laissés de côté et sur lesquels les habitants m’attendent au tournant. Mon objectif est de m’inspirer de ce qui a été fait à Rezé : trouver un terrain de transition dans une zone industrielle, pour reloger petit à petit les familles. On pourra accueillir peut-être 70 personnes mais je négocierais avec les services de l’Etat et la métropole pour que les autres communes prennent leur part dans la prise en charge de ces migrants de l’Est. En tant que maire, je ne dormirai pas tranquille si je laisse ce terrain en l’état.