Coronavirus à Nantes: Le CHU réalise « des économies en piochant dans les dons », dénoncent les syndicats

SANTE Une partie significative des dons pourrait servir à financer des dépenses réglementaires déjà prévues avant la crise du coronavirus, selon la CFDT, FO et la CGT

Frédéric Brenon

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Manifestation de soutien aux personnels soignants du CHU de Nantes, le 11 mai 2020.
Manifestation de soutien aux personnels soignants du CHU de Nantes, le 11 mai 2020. — S.Salom-Gomis/Sipa
  • Le CHU de Nantes a reçu énormément de dons pendant la crise du Covid-19. Près de 1,5 million d’euros au total.
  • La direction souhaiterait utiliser une partie de cet argent pour financer du matériel ou des formations programmés avant la crise, affirment les syndicats.
  • Les syndicats dénoncent, par ailleurs, un « manque de transparence » sur la réalité des dons.

Sur son site Internet, le CHU de Nantes parle d’un « élan de générosité incroyable » en soutien aux équipes de l’hôpital public. Pas moins de 1,4 million d’euros de dons a ainsi été collecté par le « Fonds d'urgence Covid-19 » du CHU de Nantes auprès de plus de 3.600 contributeurs. Près de 40 % de cette somme sera consacrée à des programmes de recherche. Le reste sera orienté vers des actions en faveur des professionnels ou de l’accueil des patients.

Et c’est là que le bât blesse. La direction souhaiterait utiliser une « partie significative » de cet argent pour financer des dépenses courantes prévues avant la crise du coronavirus, selon les syndicats CFDT, FO et CGT, lesquels se disent « très remontés ».

« Des économies en piochant dans les dons »

« Elle prévoit des achats de matériel de protection individuelle, de réaliser des actions de formation, ou d’investir dans la prévention et la protection face au gaz Meopa​, dénonce Olivier Terrien, délégué CGT. Ces dépenses relèvent des obligations réglementaires du CHU et donc de l’Etat. Les dons ne doivent pas servir à ça. Ils devraient apporter un plus. Nous sommes scandalisés. »

Selon Force Ouvrière, le recours aux dons pour financer des formations serait d’autant plus « injustifié » que le budget dévolu à la formation ne « sera pas totalement dépensé » cette année. « Ces dépenses étaient prévues quoiqu’il arrive et il n’est pas normal que le CHU réalise des économies en piochant dans les dons, confirme Emmanuel Renaud, secrétaire de la section CFDT du CHU. En agissant de la sorte, la direction ne respecte pas la philosophie des donateurs. »

Verser la prime à tous les agents ?

A l’unisson sur ce sujet, les trois organisations syndicales réclament que les dons reviennent « directement aux salariés ». Ils suggèrent, en particulier, qu’ils soient redistribués aux agents présents pendant la crise et qui ne bénéficieront pas de la prime de 1.500 euros octroyée par le ministère de la Santé. « Sur les 12.000 agents du CHU, moins de la moitié va toucher la prime dans son ensemble. Certains agents, qui ont pourtant beaucoup donné pendant la crise, ne toucheront que 500 euros », s’indigne Olivier Terrien, de la CGT.

Plus globalement, les syndicats se plaignent du « manque de transparence » sur ce sujet des dons. « Nous demandons à connaître la liste des donateurs et leurs recommandations éventuelles », insistent la CGT et FO. « Il faut se battre quotidiennement pour avoir les chiffres dans cet hôpital, s’agace Emmanuel Renaud. De plus, les affectations des dons devraient être débattues dans nos instances. »

Les souhaits des donateurs respectés, assure la direction

Dans un communiqué diffusé ce mardi après-midi, le Fonds de dotation du CHU de Nantes explique que les dons reçus « respecteront les souhaits de chaque donateur ». « Ainsi, 100 % des dons sont affectés à des projets précis, définis en cohérence avec les équipes concernées, comme en fonction des attentes des professionnels et des usagers ciblés », affirme-t-il.

Le Fonds, qui ne répond pas directement aux critiques formulées par les syndicats, cite, par exemple, l’achat de « respirateurs nécessaires à la prise en charge des patients de réanimation », l’achat « d’équipements médicaux pour l’unité de post-réa Covid de la médecine physique et de réadaptation », ou encore l’achat de « surblouses et d’autres équipements de protection des professionnels ».