VIDEO. Affaire Steve Maia Caniço: «Gardons notre haine de côté aujourd'hui...»... Le vibrant et pacifique hommage à Steve

MARCHE BLANCHE Il y a tout juste un an, cet animateur périscolaire de 24 ans originaire de l’agglomération nantaise est tombé dans la Loire après une opération de police très controversée. Son corps avait été retrouvé un peu plus d’un mois après

David Phelippeau

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Image de la marche blanche pour Steve. — 20 Minutes
  • Une marche blanche en hommage à Steve, jeune homme de 24 ans tombé dans la Loire le 21 juin 2019 puis retrouvé mort noyé un peu plus d’un mois après, a eu lieu ce dimanche à Nantes.
  • Comme les amies de Steve le souhaitaient, tout s’est déroulé dans le calme.
  • De nombreux hommages lui ont été rendus tout au long du parcours et de l’après-midi.

« Steve était pluriel. Toute votre diversité le représente parfaitement aujourd’hui. Voir tout ce soutien, ça fait chaud au cœur. » Au pied de la grue jaune, à Nantes, Stéphane, parrain de Steve, prend la parole. Pas un long discours. Simplement quelques mots pour remercier les quelque 3.000 personnes qui ont souhaité rendre hommage à Steve Maia Caniço, cet animateur périscolaire de 24 ans originaire de l’agglomération nantaise qui est mort noyé dans la Loire il y a tout juste un an lors d’une opération de police très controversée.

A 15 h 30, deux heures et demie avant, au Miroir d’eau, en plein centre de Nantes, les amis de Steve ont appelé au pacifisme avant le début de la marche blanche. « Il faut garder notre haine de côté aujourd’hui ! », lance à tue-tête, dans le mégaphone, K-Ro. A 30 m, derrière elle, un cordon de CRS est en place. Le message est bien passé. Le cortège a traversé la ville dans un environnement festif et parfois frondeur. « Pas de justice, pas de paix ! » ou encore « Justice nulle part, police partout ! » ont par exemple résonné à intervalles réguliers pendant tout le parcours.

Le frère et la sœur de Steve en tête du cortège

« Cette histoire m’a vraiment touchée, confie Angélique, venue de Saint-Nazaire avec son mari et son fils. J’ai une grande fille de 16 ans qui commence à sortir et je me dis que ça aurait pu être elle. » Jérémy, 25 ans, vêtu d’un gilet orange pendant la marche, fait d’ailleurs partie de ceux qui sont tombés dans la Loire lors de l’intervention des forces de police il y a tout juste un an. Ses souvenirs sont intacts, sa douleur vive : « C’est insensé ce qu’il s’est passé ce soir-là. Incompréhensible. Il restait une seule musique quand il y a un nuage de fumée. J’ai décidé de partir et de prendre la direction du Hangar à Bananes. Là, j’ai croisé une amie pour la prévenir… J’ai alors été rattrapé par le nuage de lacrymos. J’étais totalement désorienté et je suis tombé dans la Loire. » Le jeune homme a réussi à s’accrocher à une corde. Steve n’a pas eu cette chance.

Ce dimanche, tristesse et colère sont côte à côte dans le cortège, avec à sa tête le frère et la sœur de Steve. De nombreuses pancartes rappellent que beaucoup attendent la vérité et que la plaie est loin d’être refermée. « Dansez avant qu’on vous pousse à l’eau » ou « on ne se taira pas » ou encore « ni oubli, ni pardon », peut-on lire. Dans cette affaire, trois informations judiciaires « contre X » sont instruites à Rennes. « Cette mort était parfaitement évitable… », lâche, les yeux humides, Stéphane, le parrain.

De la musique, des chansons et des danses festives

Au pied de la grue jaune, les discours s’enchaînent. « L’inégalité fait rage à tous les coins de rue. Steve, à l’instar de George Floyd, Adama Traoré, Rémi Fraisse, Zineb Redouane, Malik Oussekine et bien d’autres encore, est devenu un symbole !, lance, sous les hourras de la foule, Aliah, amie de Steve. Il nous a quittés pour avoir dansé. Steve, c’était une bulle de joie qui s’alimentait par la musique. » Quelques secondes plus tard, comme pour mieux lui rendre hommage, de la musique et des chansons se succèdent. Avant une minute de silence parfaitement respectée.

Après la grue jaune, direction le quai Wilson, là où Steve a été vu pour la dernière fois le 21 juin 2019. Devant la fresque en hommage au jeune homme, des danses sont improvisées. A 19 h, les amis demandent à la foule de se disperser. Comme tout au long de l’après-midi, tout se fera dans le calme. « C’est important d’être pacifique, Steve l’était… », confesse une de ses amies.

Des danses en hommage à Steve au pied de la fresque.
Des danses en hommage à Steve au pied de la fresque. - Sebastien SALOM-GOMIS / AFP