Nantes : Pourquoi la ville a renoncé aux plaques explicatives dans les rues portant un nom de famille négrière

MEMOIRE Plutôt que d'installer des plaques explicatives ou de débaptiser les rues, la ville de Nantes a fait un autre choix

Frédéric Brenon

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Le totem évoquant l'histoire des rues nantaises se situe rue Kervégan.
Le totem évoquant l'histoire des rues nantaises se situe rue Kervégan. — F.Brenon/20Minutes
  • La ville de Bordeaux a installé la semaine dernière des plaques explicatives dans les rues qui portent les noms de négriers.
  • Six rues honorant des personnalités ayant participé au commerce triangulaire existent à Nantes.
  • La mairie a choisi de s’appuyer sur un grand panneau unique. Elle aborde aussi ce passé au musée d'histoire de Nantes et au mémorial de l'abolition de l'esclavage.

La ville de Bordeaux a fait parler d'elle en fin de semaine dernière en accrochant des plaques explicatives sous les noms de cinq rues évoquant une personnalité bordelaise ayant participé au commerce triangulaire et ayant donc contribué (parfois indirectement) à la traite négrière.

Nantes avait, elle aussi, pris part activement à cette activité esclavagiste entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du XIXe. Et aujourd’hui encore, six de ses rues portent le nom d’une famille impliquée en son temps dans le commerce triangulaire. Comme à Bordeaux, plusieurs associations réclamaient de débaptiser ces rues ou de leur adjoindre des plaques explicatives. Qu’a donc fait la mairie de Nantes ?

« Expliquer plutôt que d’effacer ou stigmatiser »

Aucune des deux hypothèses n’a finalement été retenue. L’équipe de Johanna Rolland a privilégié l’installation en 2018 d’un seul panneau (un totem), situé rue Kervégan. Ce panneau, qui s’inscrit dans le cadre d’un parcours urbain, s’étirant du château des ducs de Bretagne au mémorial à l’abolition de l’esclavage, évoque à la fois les rôles historiques de Christophe-Clair de Kervégan, armateur pendant la Traite des noirs, et celui d’Olympe de Gouges, femme de lettres engagée dans la cause abolitionniste. Il ne précise pas, en revanche, les noms des autres rues et avenues concernées.

La rue Kervégan porte le nom d'une personnalité nantaise impliquée dans le commerce triangulaire.
La rue Kervégan porte le nom d'une personnalité nantaise impliquée dans le commerce triangulaire. - F.Brenon/20Minutes

« Plutôt que d’effacer ou de stigmatiser, on préfère expliquer ce qui s’est passé, faire de la pédagogie dans l’espace public, justifie Olivier Château, adjoint au maire en charge du patrimoine. On aurait pu le faire avec des petites plaques rue par rue. On a préféré miser sur un gros panneau, plus visible, qui permet de bien comprendre la démarche. »

Le mémorial, lieu symbolique

La démarche ne s'arrête pas là. « On propose aussi des éléments de compréhension sur notre site Nantes Patrimonia, ajoute Olivier Château. Le musée d’histoire de Nantes (au château) fait partie des musées les plus en pointe sur ce thème. Et on s’appuie aussi, bien sûr, sur le mémorial de l’abolition de l’esclavage, qui est devenu un lieu symbolique visité par de nombreux scolaires. »

Inauguré en 2012 sur le quai de la Fosse, le mémorial de l'abolition de l'esclavage est unique en France métropolitaine. Il est fréquenté par 200.000 visiteurs chaque année en moyenne.