Coronavirus à Nantes : « Supprimer des lits paraît inconcevable! » La fièvre remonte autour du projet de futur CHU

SANTE La crise sanitaire semble avoir renforcé les inquiétudes autour du projet de transfert de CHU sur l'île de Nantes, d'ici à 2026 

Julie Urbach

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La cour intérieur principale.
La cour intérieur principale. — ©Motyw for Art&Build-Pargade
  • Le projet de nouveau CHU, prévu pour 2026, souhaite donner davantage de place à l'ambulatoire et prévoit la suppression de lits.
  • Les opposants espèrent que la position de la métropole et de l'Etat changera au regard de la crise du coronavirus que le pays vient de vivre.

La crise sanitaire semble s’éloigner mais la colère est toujours très vive. Si la mobilisation reprend chez les soignants partout en France, au sujet des primes et du manque de moyens des hôpitaux, elle semble d’autant plus forte au CHU de Nantes qu’un projet d’envergure suscitait déjà l’inquiétude, avant que l’épidémie de coronavirus ne se déclare. D’ici à 2026, le CHU doit avoir terminé son transfert afin de regrouper la majorité de ses entités dans un même bâtiment, sur l’île de Nantes. Si son look ultramoderne et son ambition autour de la médecine de demain séduisent, ses détracteurs le jugent pourtant plus que jamais inadapté.

Pour donner davantage de place à l’ambulatoire, qui pourrait représenter 64 % de l’activité, le projet prévoit en effet la suppression d’environ 350 lits. « Ca paraît encore plus inconcevable aujourd’hui! » estime Nadège (prénom d’emprunt), une aide-soignante nantaise qui manifestait devant le CHU ce mardi. « Nous n’avons pas eu à affronter de grosse vague comme dans le Grand Est mais ça aurait pu. Vous imaginez gérer l’urgence du Covid avec des lits et du personnel en moins ? Les infirmières et aide-soignants qui resteront ne seront là que pour réaliser des actes techniques. Ça va se déshumaniser, au profit de la rentabilité. Je pars bientôt en retraite mais j’ai très peur pour mes collègues, et pour les patients qui ont besoin d'être accompagnés. »

« Un mauvais projet au mauvais endroit »

Si aucun recours n’a été déposé devant les tribunaux depuis la genèse du projet, les opposants espèrent que la crise sanitaire jouera en leur sens. Mi-mai, les sénateurs de Loire-Atlantique Christophe Priou et Joël Guerriau ont écrit à Olivier Véran, rappelant au ministre de la Santé ses propos sur « la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise du Covid-19 ». Le projet d’État, validé par la métropole, s’est aussi très vite réinvité dans le débat des municipales : « On va droit dans le mur et on klaxonne, lance Laurence Garnier, candidate LR à la mairie de Nantes. Derrière cette jolie maquette, il y a une absence cruelle de vision de la maire sortante en matière de santé. C’est un mauvais projet au mauvais endroit »

Au-delà de la question des moyens, la localisation du futur CHU, dont le prix est estimé à un milliard d’euros, est toujours autant décriée, et ce même si le permis de construire a été déposé il y a un an déjà. Difficulté d’accès, sur une zone inondable, et dans le couloir aérien… il serait également sous doté en stationnement et positionné trop près du seul autre service des urgences de l’agglo, abrité par la clinique Le Confluent.

Conserver l’hôpital Nord ?

Si les premiers coups de pioche doivent être donnés avant la fin de l’année, les porteurs du projet sont plus que jamais attendus sur la question. Le projet pourrait-il être modifié, alors que Johanna Rolland a déjà reconnu, en pleine crise sanitaire, qu’il faudra « certainement le revisiter, notamment se pencher sur la question du nombre de lits » et que le directeur de l’ARS a parlé d’un projet « modulable » ? A côté de ceux qui veulent stopper la machine coûte que coûte, certains opposants l’espèrent. Et poussent pour un autre scénario aux airs de compromis.

Jusqu’alors discret sur le sujet, le syndicat Force ouvrière a récemment officiellement proposé de construire le nouveau CHU, tout en maintenant une offre de soin à l’hôpital Nord à Saint-Herblain, et qui serait complétée par « un bâtiment neuf en centre-ville ». « Les soignants ne peuvent plus attendre dix ans que l’on élabore un nouveau projet, assure Stéphane Naulleau, secrétaire général adjoint FO. Il faut avancer, il en va de leurs conditions de travail. Mais évidemment en gardant assez de lits, car on en a déjà trop supprimé ces dernières années, notamment en médecine et en psychiatrie. » Cette idée de conserver une antenne à Saint-Herblain, proche du périphérique, séduit aussi le candidat LREM de la commune, Mathieu Annereau.

En 2015, selon les chiffres du CHU, seuls 27 % des patients accueillis provenaient de Nantes. La moitié était domiciliés dans l’agglo.