Coronavirus à Nantes : 15.000 masques en un mois pour les plus précaires… Les couturières en passe de réussir leur pari

SOLIDARITE Près de 200 bénévoles, représentant une vingtaine d'associations nantaises, produisent des masques en tissu pour les personnes en grande précarité

Frédéric Brenon

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Des couturières de l'association Des Femmes en fil confectionnent des masques. A Nantes, le 7 mai 2020.
Des couturières de l'association Des Femmes en fil confectionnent des masques. A Nantes, le 7 mai 2020. — F.Brenon/20Minutes
  • Des couturières travaillent de concert pour créer des masques qui seront distribués gratuitement.
  • L’initiative est pilotée par l’association Des Femmes en fil, à Bellevue.
  • C’est la ville de Nantes qui paie le tissu, le fil et les élastiques.

Orange, jaune, bleu, vert clair… Les couleurs sont plutôt vives, les motifs variés. Les finitions sont soignées et systématiquement vérifiées avant la mise en carton. « Ce n’est pas parce que c’est distribué gratuitement que ça doit être triste et mal fichu, explique Farida. La couleur, c’est l’énergie. Et on a bien besoin en ce moment. » Depuis la mi-avril, c’est l’effervescence dans les locaux des Femmes en fil. Cette association d’insertion  nantaise, installée au cœur du quartier populaire de Bellevue, est l’épicentre d’un énorme réseau de bénévoles mobilisés pour la fabrication de masques en tissu, lavables et réversibles.

Plus de 25 associations locales, réunissant près de 200 couturières, travaillent autour du même objectif : livrer 15.000 masques en un mois. Tous destinés aux personnes précaires. Une initiative qui illustre à merveille ces solidarités qui ont fleuri un peu partout en France ces dernières semaines.

« Au-delà de nos espérances »

« On voulait agir parce qu’on voyait bien qu’il y avait un besoin de masques, explique Aïcha Boutaleb, présidente de l’association et elle-même frappée par le Covid fin mars. On a activé nos contacts, la ville de Nantes a décidé de nous soutenir en finançant le tissu, et ça a fait boule de neige au-delà de nos espérances. On en a déjà réalisé 10.000 ! C’est magnifique. »

Des couturières de l'association Des Femmes en fil confectionnent des masques. A Nantes, le 7 mai 2020.
Des couturières de l'association Des Femmes en fil confectionnent des masques. A Nantes, le 7 mai 2020. - F.Brenon/20Minutes

La plupart des bénévoles sont issus des quartiers d’habitat social. « Ce sont des personnes qui ont la couture comme hobby, des couturières retraitées, ou des professionnels qui ne travaillent plus en ce moment. On a même reçu l’aide de réfugiés syriens dont c’était le métier. Ils sont très précieux. » D’autres, comme Issa et Daniel, ne connaissent rien à la couture mais viennent tous les jours donner un coup de main. « On coupe des élastiques, on prépare des paquets, raconte témoigne Issa, demandeur d’asile. C’est normal de participer. Face à cette crise, nous sommes tous concernés. En plus, il y a une bonne ambiance. »

« Il y a une attente forte »

Les bénéficiaires, eux, sont des sans-abri, des migrants, des demandeurs d’emploi, des étudiants en difficulté. « Pour la distribution on passe par les assos qui les connaissent le mieux, précise Aïcha Boutaleb. Elles aussi ont pour mission d’expliquer comment bien mettre le masque et se comporter avec. Mais, l’autre jour, j’en ai distribué directement plus de 50 dans le quartier. Une fois je suis aussi allée dans un squat, une autre fois chez les Gens du voyage. On reçoit toujours de grands remerciements. De toute évidence, il y a une attente forte. »

« L’Etat a fait preuve d’amateurisme dans la gestion des masques, est convaincue Farida Abid, directrice des Femmes en fil. Tous ces policiers et gendarmes que l’on voyait dans les rues sans masque, c’était irresponsable. Heureusement que les assos et les collectivités sont là. Mais on ne cherche pas à diviser. On s’est fixé un objectif de 15.000 masques, on travaille dur pour l’atteindre. C’est tout ce qui compte pour le moment. »