Les poules ne picoraient pas que du pain dur

Guillaume Frouin - ©2008 20 minutes

— 

Pas moins de 1 200 tonnes d'aliments destinés aux volailles bio du grand Ouest ont été détruites début novembre. En cause : la présence de mélamine, un produit chimique utilisé dans la fabrication des colles et plastiques, dans un lot de tourteau de soja importé de Chine. Ce résidu issu de la pressurisation des graines d'oléagineux entre dans la composition de bon nombre d'aliments pour animaux. Il avait été livré à la société vendéenne Bio nutrition animale (BNA), filiale de la coopérative agricole Terrena, dont le siège est à Ancenis. Pas moins de 127 éleveurs avaient déjà été livrés, et un millier de tonnes consommées par les volailles.

« Il ne s'agit pas d'une contamination fortuite, mais d'une fraude économique délibérée : l'ajout de mélamine augmente artificiellement le taux de protéines d'un produit, et permet donc d'en tirer un meilleur prix », explique Christophe Couroussé, directeur de la communication de Terrena, confirmant une information révélée vendredi par Ouest-France. Un dépôt de plainte est pour cela « en cours » auprès du producteur chinois de tourteaux de soja. La coopérative agricole d'Ancenis a également arrêté immédiatement ses importations chinoises. « Nous ne pouvons plus leur faire confiance, soupire Christophe Couroussé. Jusque-là, nous nous approvisionnions auprès de la filière non OGM au Brésil, mais nos fournisseurs habituels ont connu de mauvaises récoltes en début d'année. »

La thèse de la « fraude » délibérée est également appuyée par EcoCert, l'organisme chargé de la certification bio du soja importé. De son côté, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) n'a ordonné aucune procédure de retrait des produits dans les grandes surfaces, le risque pour la santé humaine étant jugé nul. « Les volailles et les oeufs bio analysés ne comportent pas de trace de mélamine », souligne la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab). « Les produits à base de soja destinés à la consommation humaine, comme le lait ou les steaks de soja, ne sont pas du tout concernés », insistent également les producteurs européens de la filière.