L'héritage de Gracq livré aux foules

Guillaume Frouin - ©2008 20 minutes

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Julien Gracq fait recette. Près de 200 personnes se sont massées hier après-midi dans l'hôtel des ventes Couton & Veyrac, rue de la Miséricorde, pour assister à la vente aux enchères de trois cents biens ayant appartenu à l'écrivain ligérien décédé l'an passé. Dans la foule, on distingue Pascal Praud, directeur général délégué du FC Nantes, venu en « bibliophile ».

Bertrand Dieu, 22 ans, a fait, lui, le déplacement exprès depuis Lille, avec sa compagne. La date était entourée de rouge sur son calendrier depuis un bon mois. « L'info a vite circulé parmi les bouquinistes et sur Internet, car ce sont des livres rares », explique ce commerçant spécialisé dans les produits culturels (livres, BD, DVD). Joseph Janvier vient lui de Rennes. Ce retraité de 63 ans lit Gracq « depuis 1980 et une interview littéraire de François Mitterrand ». L'homme est ainsi fana de La Forme d'une ville (1985), un essai « extraordinaire » consacré à la ville de Nantes, mais il n'a toujours « rien compris » au Rivage des Syrtes, pour lequel l'écrivain de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) refusa le prix Goncourt en 1951.

Manifestement, tout le monde ne partage pas son avis. Une édition originale du roman le plus connu de Gracq, mise à prix à 8 000 euros, s'est ainsi envolée à 37 000 euros. Plus belle pièce de cette vente aux enchères, un lot de lettres échangées avec le poète et écrivain surréaliste André Breton (1896-1966) est lui parti pour 75 000 euros. Le prix d'un petit studio dans le centre-ville de Nantes.