FC Nantes : Pourquoi le président Kita a-t-il confié les clés du recrutement à Mogi Bayat ?

FOOTBALL L’agent franco-iranien, très actif en Belgique, est considéré comme le directeur sportif officieux du FC Nantes

David Phelippeau

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Mogi Bayat en 2018 à Anderlecht.
Mogi Bayat en 2018 à Anderlecht. — ISOPIX/SIPA
  • Le FC Nantes est en déplacement à Dijon, samedi soir (20 h).
  • Alors que le mercato s’est achevé il y a quelques jours, 20 Minutes a mené son enquête sur Mogi Bayat, celui qui est au cœur du recrutement du FCN.
  • Cet agent franco-iranien, très actif en Belgique, est sous le coup d’une enquête pour blanchiment et de participation à une organisation criminelle.

« Je préfère rester anonyme… » Enquêter sur l’agent Mogi Bayat semble presque relever du secret-défense. Dans cet univers d’agents, le Franco-Iranien fascine, inquiète, génère des jalousies, de la suspicion et même des fantasmes. En attendant, à Nantes, le petit bonhomme de 45 ans, toujours tiré à quatre épingles lorsqu’on le croise de temps en temps à la Beaujoire, occupe une place centrale dans la gestion du recrutement du FCN depuis plusieurs mercatos. Lors de Nantes-Lyon en Coupe de France début janvier, une banderole hostile à Bayat a été déployée en Loire : « Un agent de joueurs quasiment directeur sportif, ça ne choque personne ? » Le calicot avait semble-t-il fait sourire l’intéressé, beaucoup moins la direction. Pourquoi Waldemar Kita a décidé de s’appuyer sur cet homme, dont la réputation sulfureuse dépasse désormais les frontières belges ?

Une omniprésence dans tous les dossiers

Le Franco-Iranien a une licence d’agent belge. « Il a une équivalence allouée jusqu’à fin avril pour exercer en France », précise Stéphane Canard, président de l’Union des conseillers sportifs de football. C’est donc en toute légalité qu’il travaille en France. A Nantes, Mogi Bayat fait office d’intermédiaire dans quasiment tous les dossiers d’entrées et de sorties de joueurs depuis plusieurs mercatos. Qu’un club pro français donne la préférence à un agent, ce n’est pas interdit et c’est même assez courant. On a les exemples de David Wantiez à Saint-Etienne, Yvan Le Mée à Dijon ou John Williams à Amiens. L’ancien Canari Fabrice Picot (agent notamment de Costil et Rongier) a déjà joué un rôle similaire à Nantes il y a quelques années. « Mais il n’était pas le passage obligé comme l’est actuellement Mogi », corrige un représentant de joueurs.

« C’est simple, à Nantes, tu laisses un message à la direction, c’est Mogi qui te rappelle », embraie un autre. Bayat, directeur sportif officieux ? Philippe Mao, responsable de la cellule de recrutement, s’inscrit en faux. « Il n’est pas salarié du club, ni directeur sportif officieux. Il propose des noms, la cellule et le coach valident ou pas. Il fait le dealmaker, l’interface entre les agents des joueurs et les clubs. » Le risque n’est-il pas que le FCN ne travaille qu’avec le réseau de Bayat, avec des joueurs passés ou actuellement en Belgique ? « Moi, je suis le garant, le garde fou de l’équilibre du recrutement, répond Mao. Il ne faut effectivement pas tomber dans le monopole, ça peut être le risque. On est ouvert à d’autres réseaux et pas seulement à ceux de Mogi. »

Depuis janvier 2016 et l’arrivée de Guillaume Gillet, dont il est le représentant, Bayat travaille avec la famille Kita. Beaucoup plus étroitement depuis l’été dernier. Pour les départs et arrivées de joueurs, le Franco-Belge a été mandaté par le FCN (ce qui est autorisé) dans tous les dossiers, sauf celui d’Abeid. Récemment, il est devenu le conseiller de l’une des plus grandes valeurs marchandes du club, Imran Louza.

Une suspicion permanente sur le personnage

« Sa situation personnelle jette un peu le trouble sur le club… », regrette ce salarié. Fin 2018, Mogi Bayat a été inculpé de blanchiment et de participation à une organisation criminelle. Il a dormi plus de quarante jours en prison et a été libéré sous caution (150.000 euros). Une enquête est en cours sur l’agent belge, qui reste présumé innocent. « Il a beaucoup d’ennemis en Belgique… », estime un journaliste belge, préférant rester anonyme. Agent depuis 2010, « il vampirise quasiment tout le marché belge, selon Christophe Franken, journaliste à la Dernière Heure. Il y a trois ou quatre ans, sur un mercato, il avait fait un deal toutes les trois ou quatre heures. Tout cela attire les regards : soit il est très fort, soit il met la pression sur les clubs pour qu’ils bossent avec lui. Il a tellement le monopole en Belgique que certains agents le haïssent. »

Un conseiller de joueurs français affirme en utilisant une image : « A un moment, il faisait déjà plein d’affaires dans les loges, il a voulu en plus aller en faire dans les gradins… » Bayat a le monopole en Belgique et il ne se prive pas de s’en vanter. Son côté hâbleur agace d’ailleurs. « Il adore dire qu’il peut appeler n’importe qui sur la planète foot, rit Christophe Franken. Son réseau tentaculaire crée des jalousies. » Certains lui reprochent de considérer ses joueurs « comme du bétail », selon un confrère belge. D’autres de ne pas respecter les règles de déontologie entre agents. Samedi, L’Equipe expliquait que le dossier Zeffane à Nantes (datant du mois d’octobre) avait échoué car la direction du FCN avait demandé au joueur de collaborer avec Bayat. Le joueur ayant refusé, le transfert a avorté. Une version totalement démentie par l’entourage de Mogi Bayat et par le FCN.

Un « facilitateur de deals » hors pair

« Il vendrait un frigo à un esquimau ! », lâche un agent français. « Ça reste un mec qui te fait faire de belles affaires, juge un autre. Il a les codes de la partie d’en face. Il ne perd pas de temps, il va vite. C’est un aligneur de planètes fabuleux dans les dossiers. Il ne peut pas être une faille pour le FCN, mais qu’une force… » « Il comble les incompétences de certains à Nantes », ose un autre.

Alors que certains agents proposaient de sortir Diego Carlos l’été dernier pour moins de 10 millions d’euros, Mogi Bayat, mandaté par Nantes, a bouclé le dossier du Brésilien à un peu plus de 15. La direction du FCN (que 20 Minutes n’a pas réussi à joindre) a toujours reconnu que la venue de Lafont en provenance de la Fiorentina en prêt de deux ans a été facilitée par la présence de Bayat dans le dossier. « Il a fait surpayer les Kita sur d’autres dossiers comme Coulibaly [4 millions d’euros] et Limbombe [entre 7 et 9 millions d’euros] », tempère un autre agent, qui estime que le Franco-Iranien n’a pas signé que des réussites (Benavente, Kara Mbodji) depuis qu’il agit au cœur du recrutement nantais.

Tous les acteurs interrogés sont néanmoins unanimes. « C’est un très bon professionnel », résume Arnaud Pouille, président général du Racing club de Lens. « Il va très vite dans la conception d’un deal, il t’invente des trucs qui sortent de nulle part. » Si Rongier a signé à Marseille, le milieu de terrain le doit un peu à Bayat. Un proche du dossier raconte : « Les deux présidents Kita et Eyraud étaient fâchés. Tout était bloqué, mais tout a été résolu quand Mogi a pris en charge les choses avec les agents du joueur. » Bayat, qui a suivi un cursus universitaire dans le sud de la France, est méticuleux – « il consigne tout », selon Christophe Franken –, rigoureux et procédurier. « Le dernier jour d’un mercato, la personne chargée du juridique dans un club était absente, se souvient ce représentant de joueurs. Je l’ai vu rédiger de A à Z une convention de transfert, c’est Bayat ça ! »