Plongée dans les entrailles de la cité

Photos : Jean-Sébastien Evrard. - ©2008 20 minutes

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On les imaginait sales et puants. Finalement, les égouts de Nantes sont tout à fait fréquentables. D'ailleurs, l'Ardepa (Association régionale pour la diffusion et la promotion de l'architecture en Pays de la Loire) organisait récemment sa dernière « expédition urbaine » de l'année dans les étroits couloirs souterrains du centre-ville, entre les places Royale et Graslin. Et 20 Minutes y était.

Agent de salubrité publique depuis douze ans, Yann Fonteneau est le premier à descendre sous terre. Casque vissé sur la tête et lampe torche à la main, il porte également un détecteur de gaz à la ceinture. « Notre risque n° 1, c'est l'hydrogène sulfuré, un gaz toxique qui émane de la décantation des boues », explique-t-il. Et pour cause : une fine couche de limon recouvre un peu partout les « banquettes », ces trottoirs qui longent les canalisations d'eaux usées. Celles-ci charrient des déchets divers et variés : portable tombé d'une poche de chemise dans les toilettes, portefeuille vidé de son argent par un pickpocket, sous-vêtements, préservatifs...

D'innombrables lingettes nettoyantes prétendument biodégradables bouchent aussi les grilles des égouts. Mais ce que redoutent le plus les agents, ce sont les rejets de solvants. « Quand vous jetez un verre de white-spirit dans votre évier, nous, en dessous, on est obligés de sortir », témoigne un égoutier. « Et encore, ça reste moins dangereux que l'ammoniac. »

Autre risque encouru : les soudaines montées des eaux après un orage ou le matin, lorsque tous les Nantais sortent du lit pour prendre leur douche ou aller aux toilettes. « On s'efforce, dans ces moments-là, de travailler sur des points en hauteur », explique un agent. Les rats, eux, s'en sont manifestement accommodés. La rumeur prétend qu'il y en aurait dans les égouts autant que d'habitants dans la commune... Soit 280 000 pour la seule ville de Nantes. Guillaume Frouin