FC Nantes-Strasbourg : « Il pique donc je reste ! », ils racontent la Panenka de Landreau en 2004

FOOTBALL Ce mercredi soir (21 h 05), le FCN accueille Strasbourg en Coupe de la Ligue, une compétition qui sera supprimée à la fin de la saison. « 20 Minutes » a sélectionné un souvenir marquant pour les Canaris dans l’histoire de cette épreuve

David Phelippeau
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Mickaël Landreau a compris que la finale de la Coupe de la Ligue était perdue pour Nantes ce 17 avril 2004.
Mickaël Landreau a compris que la finale de la Coupe de la Ligue était perdue pour Nantes ce 17 avril 2004. — FRANCK FIFE / AFP
  • Ce mercredi soir (21 h 05), le FC Nantes accueille Strasbourg en 8e de finale de la Coupe de la Ligue.
  • En fin de saison, l’épreuve va être supprimée.
  • L’occasion de parler d’un souvenir marquant dans cette compétition pour les Canaris : la Panenka de Landreau en 2004.

« Panenka. » Ce sobriquet escorte la vie de Mickaël Landreau depuis plus de 15 ans. « Il y a prescription, donc ça nous arrive de le chambrer maintenant, reconnaît l’ancien milieu de terrain et ami de l’ex-portier du FCN Olivier Quint. C’est Panenka par-ci, Panenka par-là parfois en soirée… » Le 17 avril 2004, Mickaël Landreau est entré (sans le vouloir) dans l’histoire de la Coupe de la Ligue, et du football français. Ce soir-là, lors de la séance de tirs au but opposant en finale Nantes à Sochaux, il a loupé le penalty de la gagne en tentant une Panenka (penalty tiré d’une petite pichenette en plein centre du but). Deux tirs au but plus tard, et un échec de Delhommeau, les Sochaliens remportaient la finale.

« Voilà quelques jours que j’y pensais, avait reconnu juste après le match Landreau. Je suis un joueur jusqu’au bout. Pour cette raison, je ne regrette pas ce que j’ai fait, même si je suis conscient d’être le premier à faire perdre mon équipe. » Quelques années plus tard, il nous avait confié que « si c’était à refaire, il le referait ». « Sur les 80.000 personnes présentes au Stade de France, il y en a une qui pensait peut-être que j’allais faire ça. C’est Teddy Richert ! », s’est souvent défendu l’actuel consultant de Canal+.

Teddy Richert n’a pas suivi les consignes de son coach

Cela tombe bien, on a retrouvé Teddy Richert. L’actuel entraîneur des gardiens de Montpellier explique aujourd’hui pourquoi il est resté dans l’axe pour capter la pichenette de Landreau : « En fait, en finale des championnats de France 17 ans avec Toulouse contre Strasbourg quelques années avant [1991-1992], mon coach m’avait donné un papier avec les côtés que choisissaient souvent les tireurs adverses pour les penaltys. A chaque fois, j’étais parti du mauvais côté. J’avais l’impression de ne pas avoir joué cette série. »

Ce 17 avril 2004, compte tenu de cette mauvaise expérience, Richert est décidé : il ne se fiera pas à son coach Guy Lacombe qui lui a conseillé de suivre les indications vues en vidéo sur les tireurs nantais. « J’ai opéré à l’instinct. J’ai attendu, j’ai observé la prise d’élan de Micka et j’ai vu qu’il passait son pied sous le ballon et je me suis dit : "Il pique donc je reste !" » Le gardien de but sochalien n’a plus qu’à tendre les bras pour récupérer le ballon.

Incompréhension sur la pelouse et en tribunes

Olivier Quint, au niveau du rond central au moment du tir au but, n’a pas oublié l’instant où Landreau s’apprête à frapper. « Je me suis dit : "C’est bon, je vais enfin gagner une Coupe. Micka va tirer comme en demi-finale contre Auxerre une grosse mine sous la barre !" » Après l’échec du portier nantais puis l’élimination deux minutes plus tard, Quint est l’un des premiers à croiser Landreau. « J’étais tellement abasourdi qu’on n’a pas échangé grand-chose ! »

En tribune, les supporters nantais passent du grand espoir au désarroi en quelques secondes. « Au moment où Landreau s’avance et que je comprends que c’est lui qui va tirer le penalty décisif, je suis debout avec mon écharpe persuadé qu’il va la mettre, se souvient Guillaume. Les Sochaliens autour de moi sont tous dépités…. Pour moi, il prend ses responsabilités de capitaine, c’est but assuré ! » « Ce n’était pas forcément de la colère mais plus de l’incompréhension, raconte Antoine, 11 ans à l’époque. Tout le monde se demandait pourquoi il avait fait le choix de faire ça ! »

Trop joueur sur ce coup-là ?

Dans le vestiaire nantais du stade de France, alors que Guy Lacombe, coach de Sochaux, parle de geste « irrévérencieux » en salle de presse, l’ambiance est tendue. « J’arrive dans les derniers et on me dit que c’est un peu chaud… », avoue Quint, sans en dire davantage. Certains coéquipiers ont du mal à digérer le geste de leur capitaine. Lequel se serait excusé auprès du groupe selon une version. Auprès de certains seulement selon une autre. « Moi, en tout cas, il l’a fait dans le bus », assure Quint. « Il faisait comme s’il assumait, raconte un confrère (préférant rester anonyme) présent ce soir-là. Du style : j’ai tenté, j’ai perdu, mais il savait qu’il avait merdé, d’ailleurs il s’était excusé auprès du vestiaire. »

Si certains partenaires lui en veulent à l’époque, beaucoup d’autres n’oublient pas que leur capitaine leur a fait gagner des matchs à lui tout seul pour arriver jusqu’en finale notamment. « On ne peut pas lui en vouloir », lâchera par exemple Grégory Pujol. En attendant, pour beaucoup d’observateurs, le côté joueur de Landreau, si vertueux tout au long de sa carrière, lui a joué un bien vilain tour ce soir-là. Olivier Quint : « Il a toujours aimé tenter des coups aux jeux. Aux cartes, tu joues pour ta gueule, mais là non… Son geste m’a quand même étonné. Après, s’il le réussit, tout le monde applaudit. » Richert conclut : « Le côté joueur était la grande qualité de Micka. Ce soir-là, notre chance c’est qu’il l’ait été autant… »