FC Nantes-Dijon : « Un joueur d’exception »… Pourquoi Simon n’a pas encore goûté au gratin ?

FOOTBALL A 24 ans, Moses Simon est l’arme numéro un du FC Nantes en attaque cette saison. Déroutant par ses dribbles et très rapide sur ses appuis, il est un poison pour les défenses de L1

David Phelippeau

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Moses Simon face à Metz.
Moses Simon face à Metz. — Jean-Francois Badias/AP/SIPA
  • Dimanche (17 h), à la Beaujoire, Moses Simon devrait encore être le joueur offensif le plus en vue du côté du FC Nantes.
  • Virevoltant et dribbleur, il a déjà séduit la Ligue 1.
  • Au point qu’on peut se demander pour quelles raisons ce Nigérian de 24 ans n’a pas encore évolué dans un très grand club européen.

« Je ne veux pas trop en parler… » Christian Gourcuff paraît presque gêné aux entournures lorsqu’on évoque avec lui l’ailier de poche du FC Nantes (1,68 m), qui devrait être titulaire contre Dijon dimanche (17 h), Moses Simon. Il faut dire que compte tenu de son début de saison (2 buts, 2 passes décisives en en L1 et un triplé en Coupe de la Ligue), le Nigérian devrait attirer les convoitises lors des futurs mercatos. « Je ne le connaissais pas avant, avoue l’entraîneur nantais. C’est un joueur d’exception ! » L’éloge suprême est lâché au détour de la conversation. Et une question affleure: à 24 ans, pourquoi ce joueur « déroutant en un contre un », selon Lucas Deaux qui l’a fréquenté à La Gantoise, n’a pas encore évolué dans une formation du gratin européen ?

Petit retour en arrière. Formé au Nigéria et après un lapidaire passage à l’Ajax, Simon enfile les pions en Slovaquie (Trencin). Il débarque alors en janvier 2015 à La Gantoise en D1 belge. Là-bas, il explose personnellement, mais surtout les défenses adverses (7 buts et 4 passes décisives en 17 matchs) lors des six premiers mois. « Il a vraiment été sensationnel au début et a eu un très grand rôle dans le premier titre de champion remporté par La Gantoise, se souvient Stefan Smet, journaliste au quotidien Het NieuwsbladC’était un phénomène, tout le monde en parlait. »

Prix fixé à 20 millions d'euros!

Son coup de reins va ensuite faire des ravages sur la scène européenne. Alors que La Gantoise en profite pour éliminer Lyon en Ligue des champions en novembre 2015, Simon séduit bien au-delà du plat pays. « C’est un top joueur, commente Jérémy Taravel, qui a joué six mois avec lui à La Gantoise. L’effet de surprise qui opérait moins en championnat belge était encore présent en Coupe d'Europe. » Simon restera trois saisons et demie à La Gantoise. « Ses deux dernières années seront plus compliquées, il n’arrivait plus à se montrer à son niveau et il a été gêné par des blessures », explique Stefan Smet.

« Les équipes et les défenseurs se sont adaptés au fil des rencontres à son jeu, estime Taravel. Les défenseurs se jetaient moins face à lui. Il fallait l’empêcher à tout prix de prendre de la vitesse ou l’enfermer en attendant le renfort d’un milieu excentré pour le stopper. » Un de ses proches, qui souhaite rester anonyme, révèle aussi pourquoi Simon a moins marqué les esprits à la fin de son aventure en Belgique. « Quand La Gantoise a éliminé Tottenham en octobre 2017, les grands clubs européens, anglais et allemands, se sont affolés sur Simon. Mais la direction de La Gantoise a fixé son prix à 20 millions d’euros ! Personne ne les a mis et Moses a pris un coup au moral… Derrière, il a aussi chopé un virus en Afrique et a été mal fichu pendant 5 ou 6 mois. »

A Levante, il jouait... défenseur

Sa valeur marchande diminue. En 2018, Levante l’achète pour 5 millions. Il participe à 19 rencontres de Liga espagnole et compile… un pauvre but et une petite passe décisive. « Il n’était pas dans le meilleur endroit pour s’exprimer, raconte Cheick Doucouré, son coéquipier la saison dernière là-bas. Soit le coach le mettait latéral gauche ou droit dans une défense à cinq, soit Moses était remplaçant. Il a perdu confiance en lui. Il s’est pris une vraie claque. » « Il a passé son année à défendre », abonde le proche du joueur.

L’été dernier, son agent Mogi Bayat le propose au FC Nantes. Malgré « le veto de Vahid Halilhodzic », Simon est prêté un an avec une option d’achat à 5 millions d’euros. Laquelle a de grandes chances d’être levée en fin de saison (des négociations sont en cours). « Ce qu’il fait au FCN avec la saison qu’il a vécue en Espagne montre qu’il a une sacrée force de caractère, estime Doucouré. Quand je regarde Nantes jouer, l’aspect offensif dépend beaucoup de lui. » Certains observateurs lui reprochent néanmoins son manque d’efficacité. D’autres, sa propension à répéter les mêmes enchaînements sans variété.

« Il doit sans doute davantage s’adapter et rentrer parfois dans l’axe, observe Jérémy Taravel. Mais, sa marge de progression est très grande. » Gourcuff est lui admiratif : « En L1, il n’y a pas beaucoup de joueurs comme ça capables de faire des différences dans des un contre un. Je suis surpris de son parcours, qu’il n’ait pas attiré des très grands clubs européens. » Sans doute pour toutes les raisons exposées au-dessus.