Nantes : Pas facile d’organiser des obsèques civiles dans la métropole

LAÏCITE Les possibilités pour organiser une cérémonie laïque répondant aux attentes des familles sont limitées. Une association, soutenue par Valérie Oppelt, milite pour la création d'une grande salle

Frédéric Brenon

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Ce sont les inhumations qui souffrent le plus de la difficulté d'organiser une cérémonie d'obsèques civiles.
Ce sont les inhumations qui souffrent le plus de la difficulté d'organiser une cérémonie d'obsèques civiles. — S.De Sakutin/AFP
  • Il est souvent difficile de trouver un lieu adapté pour la tenue d’une cérémonie laïque, en particulier pour les inhumations.
  • Des salles existent mais elles sont souvent petites ou peu disponibles.
  • Valérie Oppelt, candidate LREM à la mairie de Nantes, a fait de la création d’une salle consacrée aux obsèques civiles l’une de ses premières propositions.

Et si la question des obsèques véritablement souhaitées par les Nantais s’invitait dans la campagne des municipales ? Le sujet, souvent jugé tabou en dehors de la période de Toussaint, a été récemment mis sur la table par la candidate LREM, Valérie Oppelt. Soutenant l’appel relayé par l’association La Maison des adieux, la députée s’engage, en cas d’élection, à créer une salle consacrée spécifiquement à l’organisation d’obsèques laïques. Pourquoi une telle proposition ? Quel est le constat dans la métropole ?

Pour les crémations, qui concernent tout de même près d’un défunt sur deux dans l’agglomération nantaise, les crématoriums de Nantes et de Saint-Jean-de-Boiseau disposent de salles pour les familles excluant le recours à une cérémonie religieuse. Leur capacité est limitée (150 places à Nantes, 60 et 180 places à Saint-Jean-de-Boiseau) mais, généralement, suffisante.

Les salles polyvalentes sont boudées

Le problème se pose surtout pour les inhumations. A Nantes, des petits salons de recueillement (30 places) sont mis à disposition dans les cimetières Miséricorde et Parc. Sept salles polyvalentes, pouvant abriter jusqu’à 400 personnes, peuvent également être louées pour la tenue d’obsèques civiles. Mais, outre la réticence que ces lieux festifs inspirent parfois, il faut débourser entre 13 et 65 euros par heure et prévoir d’aménager soi-même l’espace. Il faut également trouver une personne ou un professionnel acceptant d’animer la cérémonie.

« L’autre problème c’est que, la plupart du temps, les salles ne sont pas disponibles. Les décès, par définition, ne s’anticipent pas », alerte Marinette Goureaux, vice-présidente de la Maison des adieux. Pas étonnant, dans ces conditions, que peu de familles utilisent cette possibilité : 7 en 2017 et 12 en 2016, selon la mairie de Nantes.

Plusieurs communes de l’agglomération (Rezé, Carquefou, La Chapelle-sur-Erdre, Sautron…) permettent, elles aussi, la location de salles polyvalentes, avec, toutefois, les mêmes difficultés. A Saint-Herblain, une salle gratuite réservée spécialement aux obsèques laïques existe depuis 2013 au cimetière de l’Orvasserie. Mais elle ne peut recevoir plus de 40 personnes à la fois. « Celle-ci est encore peu connue et les réservations ne sont pas nombreuses », reconnait la mairie. Vertou, Bouguenais ou Basse-Goulaine proposent également des petits locaux de recueillement.

« Cette façon de dire adieu n’est pas digne »

Ces écueils expliquent que beaucoup de familles préfèrent tout de même s’adresser, sans conviction, au lieu de culte. Ou se rabattent sur des cérémonies de plein air, au cimetière. « Quiconque a assisté un jour à un enterrement debout, dans le froid ou sous la pluie, les pieds dans la boue, avec en général une sono qui ne fonctionne pas, sait combien cette façon de dire adieu n’est pas digne, reproche Marinette Goureaux. On doit proposer autre chose. La plupart des autres métropoles sont mieux équipées dans ce domaine. »

La Maison des adieux milite ainsi pour la création d’une grande salle spécifique d’au moins 250 places assises, d’accès gratuit et dotée d'une décoration et de matériel adaptés. «. Quand un être humain s’en va, il est important qu’on puisse témoigner collectivement sa reconnaissance et rappeler les souvenirs, insiste la vice-présidente de l’association. Tout le monde est concerné. C’est le devoir de nos élus de prendre ce problème à bras-le-corps. »